Du fait des inondations, le Cameroun produira moins de riz en 2012
Les inondations dans le nord du pays ont emporté une partie des dernières récoltes et envahi les rizières. « Les rendements de nos champs de riz seront réduits de 50% au moins cette année », déclare le directeur général adjoint de la Société d’expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua (Semry), l’entreprise étatique qui produit l’essentiel du riz cultivé au Cameroun. La cause de cette baisse de production annoncée ce sont bien les inondations qui ont cours dans le nord du pays depuis un mois, notamment dans la région de l’Extrême Nord où est basée la Semry. « Les 700 hectares de rizières qui venaient d’être repiqués sont actuellement inondés », confie Robert Nyonse, le Dga de l’entreprise. « Le riz a besoin d’avoir les pieds dans l’eau et la tête au soleil pour bien produire, explique-t-il. Or actuellement, il y a trop d’eau dans les champs. Les plantes ont juste besoin d’avoir 10 cm sous l’eau. » Pour la prochaine campagne, le Dga table sur un maximum de 3 tonnes de paddy à l’hectare, au lieu des 6 tonnes généralement récoltées. Entendez par Paddy, le riz non décortiqué.
Les inquiétudes à la Semry ont commencé bien avant les inondations. «Nous devions faire les labours entre juin et juillet, mais les pluies sont arrivées très tôt : dès le mois de juin. Nous avions prévu le repiquage de 2.000 hectares et à cause de la pluviométrie abondante, nous nous sommes limités à 700 hectares, par mesure de prudence », se désole Robert Nyonse. Il s’inquiète du niveau d’eau déjà tombée alors même que la saison des pluies n’est pas encore terminée. On n’avait jamais dépassé la moyenne annuelle, comprise entre 700 et 800 millimètres de pluviométrie, dans le département du Mayo Danay, particulièrement à Yagoua. Or, on est déjà à 1.000 millimètres d’eau tombée », précise-t-il.
Récoltes perdues
Tant que les eaux demeurent dans les champs de riz, il est impossible de poursuivre la deuxième campagne rizicole de l’année. La première, celle de saison sèche, ayant déjà été récoltée. Seulement, même cette production n’a pas été épargnée par les inondations. Les eaux du lac de Maga et du fleuve Logone se sont déversées dans les villages riverains et au-delà.
Les paysans qui cultivent les terres de la Semry ont dû fuir en catastrophe, abandonnant, pour la plupart, leurs récoltes de riz. Celles-ci ont été soit englouties par les eaux soit emportées par les voleurs. Les cultivateurs sinistrés, actuellement recasés dans les camps de déplacés, ont également perdu le fruit de leurs champs de mil et de sorgho.
Zigla Wandi, le maire de la commune de Maga, qui détient 6200 hectares de rizières craint déjà la famine dans cette localité, voire dans toute la région de l’Extrême-Nord du Cameroun.
Le domaine agricole de la Semry est évalué à 11.200 hectares, cultivés par 20.000 familles sur les deux sites de Maga et de Yagoua. Avec un potentiel de 120.000 tonnes de paddy produites par an, l’entreprise est tombée à 60.000 tonnes depuis le début des années 1990. Et pour cause, une infrastructure vieillie et non entretenue et, surtout, la crise économique qui a frappé le Cameroun. En 2012, la production va davantage baisser.
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