Route Ayos-Bonis : sept ans pour construire 191 Km
«Ouf ! Enfin !» Ne vous demandez pas pourquoi soupire Ferdinand Minang Banda, jeune cadre de la Fonction publique habitué à effectuer le trajet Yaoundé – Bertoua depuis plus de dix ans. La route Ayos-Bonis est désormais bitumée. Adieu les jours de voyage sur un trajet de moins de 400 Km. La promesse électorale de Paul Biya en 1992 est désormais réalité. Soit 20 ans après. Parmi les problèmes observés à la réalisation de ce projet, on peut citer le manque de financements, les tentatives de détournements de deniers publics et les conflits d’intérêt.
Même si le lancement officiel des travaux a été effectué le 29 juillet 2005 par l’ancien Premier ministre Ephraïm Inoni, l’on peut dire que la route Ayos-Bonis, longue de 191 Km, a commencé le 17 septembre 2003. Date marquant la passation du marché de construction du premier lot couvrant la distance Ayos-Abong Mbang long de 88 Km. En effet, cette route a été divisée en deux lots. Le second lot allait d’Abong-Mbang à Bonis à l’entrée de ville de Bertoua sur une distance de 103 Km. Le premier lot a été attribué à l’entreprise Pantechniki, qui, suite à un appel d’offres, se proposait de réaliser les travaux en 25 mois pour un coût de 17,9 milliards de FCFA. Ses deux concurrents proposaient plus.
Le second lot a été attribué le 25 août 2005 par le ministre des Travaux publics, Martin Okouda, au groupement Pantechniki/Edok Eter qui proposait 21,6 milliards de FCfa et 30 mois de travaux. Sept entreprises avaient soumissionné et l’écart avec son concurrent immédiat, le groupement Kara/Scemar Sarl, était de 4, 54 milliards de FCfa.
Conac
Mais seulement, constate la Commission nationale anti-corruption (Conac) qui a mené une enquête sur les freins observés dans ce chantier, malgré les manœuvres frauduleuses constatées dans l’attribution et l’exécution de ces marchés, la Conac a observé non seulement une collusion certaine de l’entreprise Pantechniki et des responsables et agents du maître d’ouvrage, mais aussi une tentative de détournement des deniers publics à travers le projet de marché complémentaire. Une technique bien huilée qui consiste à indiquer que les études ont été mal faites ou que les prix sur le marché ne sont plus les mêmes et qu’il faut accorder un avenant, compte tenu des réalités sur le terrain.
«Dans ses élans de corruption, l'entreprise, allégrement soutenue par certains agents du maître d'ouvrage, tend à obtenir un marché dit "complémentaire" sur le lot 1 dont les travaux sont déjà achevés. Ce marché "complémentaire" est évalué à 15.386.524.487 FCFA. Pour y parvenir et au mépris de toute procédure du code des marchés publics, l'ordre de service n°976, fabriqué pour les besoins de la cause, a été signé et notifié le 10 juillet 2009 à l'Entreprise», rapporte la Conac.
En clair, un marché fictif de 15,3 milliards de Francs Cfa est attribué à Pantechniki par le ministère des Travaux publics. Ce qui conduit une prolongation des délais de 10 mois.
Pour la Conac, il faut incriminer non seulement la société, mais aussi l'unilatéralisme du ministre des Travaux Publics, qui a, au mépris de la réglementation en vigueur, signé des ordres de service au lieu et place des avenants dont l'intervention est obligatoire en la matière.
Bernard Messengue Avom
«Les montants des paiements irréguliers à rétrocéder à l'Etat se chiffrent à 14 694 371 927 FCFA. Par rapport au marché de base, le coût de la route Ayos-Abong Mbang sera multiplié presque par trois si la tentative de détournement des 15,4 milliards devenait définitivement effective », écrit la Conac. Au total, cette route a coûté quelques 58,8 milliards de francs Cfa à l’Etat camerounais.
Principal accusé, l’ancien ministre des Travaux publics, Bernard Messengue Avom, qui avait expliqué à la presse que « ce rapport souffrait d’un vice rédhibitoire parce que n’ayant pas donné au ministère des Travaux publics la possibilité de présenter ses justifications. Quand on parle de contrôle, il y a nécessairement contradiction. La contradiction est une règle fondamentale, elle est d’ordre public et lorsqu’elle n’est pas respectée, elle annule les procédures ».
Mais, d’après les experts, les ministres successifs des Travaux publics, y sont également pour quelque chose. Certains ont été débarqués à cause de ce projet.
En décembre 2011, Bernard Messengue Avom, aujourd’hui hors du gouvernement, avait d’ailleurs affirmé, face aux députés, qu’il est prêt à assumer sa part de responsabilité et il faut que Dieudonné Ambassa Zang et Martin Okouda, ses prédécesseurs dans ce département ministériel, en fasse de même. C’est Patrice Amba Salla, l’actuel ministre des Travaux publics, qui était aux côtés du Premier ministre, Philemon Yang, pour l’inauguration.
Beaugas-Orain Djoyum






































