La contrefaçon et la contrebande des cahiers inquiètent les producteurs camerounais

La contrefaçon et la contrebande des cahiers inquiètent les producteurs camerounais
  • jeudi, 09 août 2012 18:30

Scripto, Reynolds Mapaf, Genius, Millenium.com, ce sont quelques marques de cahiers que l’on retrouve dans le magasin Nouguyma, au marché central de Yaoundé, ce 06 août 2012. La plupart des marques sont importées. Dans ce magasin, la disposition de ces cahiers dans les rayons fait ombrage aux cahiers Mon Afrique de Safca, un producteur camerounais. «Nous n’avons pas encore eu toutes les livraisons. Mais, actuellement,  les cahiers les plus sollicités ici sont les cahiers de marque Millenium.com. Les clients aiment également les cahiers dont les couvertures sont illustrées par les photos des stars de football», confie une vendeuse.

Sur ces cahiers illustrés par les stars, aucune marque n’est indiqué, encore moins le fabriquant. Il est juste marqué dessus : « Vente en CEMAC ». Ce qui n’est pas du goût des producteurs locaux de cahiers, qui estiment que leur survie est menacée par les importations irrégulières, la contrebande et la contrefaçon.

Monga Sogedi, un fabricant de cahiers, a d’ailleurs déjà fermé ses portes. Ceux qui sont encore en activité font face à de nombreux problèmes financiers. C’est le cas de Safca, qui a dû réduire son personnel pour survivre. «Pour l’année 2012, notre chiffre d’affaires a baissé de 20%. Nous avons importé moins de matière première et nous sommes passés de 200 employés à 150», explique Valentin Nguiffo, agent commercial à Safca.

«La situation est grave», se plaint Jacques Kago Lele, le président du collectif des industriels camerounais de la filière papiers et cahiers, qui a récemment adressé un mémorandum au ministre du Commerce. Pour lui, près de 8000 emplois sont menacés. Car les importations en partie frauduleuses qui proviennent de l’Asie et de l’Afrique du Nord sont de l’ordre de 24,8 millions de cahiers par an. «Les marchands camerounais n’ont plus intérêt à acheter nos produits. Car, les prix des produits importés, contrefaits et mis de manière irrégulière sur le marché, défient toute concurrence. Notre administration ne protège pas l’industrie camerounaise. Après Monga Sogedi, d’autres industriels fermeront», craint-il.

Chinois

Parmi les problèmes évoqués par le collectif, la porosité des frontières camerounaises. De nombreux produits contrefaits pénètrent sur le territoire, sans payer les taxes douanières. Une fois sur le marché, ils sont moins chers. «Les douaniers se réfugient derrière la liberté transactionnelle et l’obligation des résultats, à eux imposé par le ministère des Finances, pour tolérer les fausses déclarations et la contrebande, qui aboutissent à la fraude douanière et, ensuite, fiscale», explique Jacques Kago Lele. Pour lui, «le prix du kilogramme du papier écriture, matière première importée de Chine pour la fabrication des cahiers et rendue au port de Douala, est de 692 FCfa HT. Or, les cahiers en provenance de Chine sont déclarés par certains importateurs à 361 FCFaf HT le kilogramme, au port de Douala».

Selon le collectif des industriels camerounais, les Chinois sont les plus grands spécialistes de la contrefaçon des marques. «Leur agents se promènent dans nos marchés, décèlent ce qui se consomme le plus, en prélèvent les échantillons, qu’ils envoient dans leur pays, souvent avec les emballages. Quelques mois après, les produits identiques inondent nos marchés à des prix défiant toute concurrence.»

Au Ministère du Commerce, l’on invite les producteurs nationaux à plus de patience. «Le problème de la contrefaçon est très complexe. Nous effectuons déjà des contrôles des produits contrefaits sur le marché», indique un cadre.

Du côté des Douanes, l’on affirme que l’on fait face à des contraintes logistiques et humaines. «Dans le cadre de la surveillance du territoire, la douane a déjà fait de nombreux efforts, malgré les contraintes. Les déclarations sont contrôlées. Dernièrement, les Douanes ont été dotées du matériel roulant. Dans la lutte contre la contrefaçon, les douanes ont procédé à d’importantes saisies de cahiers et de papiers au port de Douala et dans la partie septentrionale du pays. Des amendes ont été infligées aux contrebandiers», explique Jacques Siakeu, inspecteur principal des douanes à la direction générale de la Douane. D’après lui, le scanner à conteneurs est insuffisant pour effectuer tous les contrôles.

Des insuffisances qu’il faut corriger pour sauver les entreprises locales, plaident les nationaux.

Chiffres

Actuellement au Cameroun, trois entreprises locales fabriquent les cahiers. Il s’agit de Safca, Sita Industrie et Sitracel. D’autres sociétés nationales existent, mais ne sont pas déclarées.

Selon les statistiques de l’année 2010 fournies par le Collectif des industriels camerounais de la filière papiers et cahiers, la production nationale est de 26 millions par an, alors que la capacité de production nationale des trois entreprises locales est de 125 millions de cahiers. Soit un écart de production de 99 millions de cahiers.

Les importations, en partie frauduleuses, qui proviennent de l’Asie et de l’Afrique du Nord, sont de l’ordre de 24,8 millions de cahiers. La demande nationale, elle se situe à 48,8 millions de cahiers. Les invendus de la production nationale en 2010 sont de 1,2 millions de cahiers.

«Si on transforme notre déficit de production en excédent de production, il va répondre, d’une part, à l’accroissement de notre demande intérieure et, ensuite, à notre commerce extérieur, d’abord au niveau de la Cémac et puis de l’Afrique», estime Jacques Kago Lele, le président du collectif.

Le gouvernement camerounais a d’ailleurs organisé une rencontre avec les acteurs du secteur il y a quelques semaines à Yaoundé, pour discuter des solutions à mettre en place.

Solutions

Les acteurs nationaux proposent tout d’abord l’application des textes en vigueur. Principalement la loi relative à l’estampille et au marquage de certains produits, l’actualisation et l’application de la note de service du directeur général des Douanes sur la détermination des valeurs minimales imposables de certaines marchandises importées dont les cahiers et papiers, en tenant compte des coûts de la production nationale.

Autres propositions du collectif pour lutter contre la fraude et la contrebande, l’obligation pour les importateurs de cahiers d’utiliser les conteneurs spécifiques de 20 ou 40 pieds dans lesquels ils mettent les produits sans mélange ; la détermination d’une mercuriale permettant de prévenir les fausses déclarations conduisant à une concurrence déloyale et au dumping. Car les conteneurs ont une valeur minimum objective sur la base de laquelle les droits et taxes seront calculés.

Le Ministère du Commerce promet, lui, la multiplication des contrôles, tandis que la direction générale des Douanes annonce le renforcement de son dispositif de contrôle au port.

BOD

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