Comment la création d’un lac a transformé Maga, un bled perdu
Au moins 625 millions de m3 d’eau menacent de ravager l’arrondissement de Maga, voire trois départements dans la région camerounaise de l’Extrême-Nord. La catastrophe se produira si jamais la digue du lac de Maga cède. Pour l’heure, la cuvette déverse son trop plein dans les villages environnants. En même temps, que les équipes de la Société d’expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua (Semry) s’activent à surélever le barrage long de 27 km, à l’aide des sacs de terre, et à colmater les brèches par lesquelles l’eau s’infiltre. Il n’y a pas que les hommes à protéger d’un drame, il faut sauver le lac de Maga qui est vital pour l’économie locale. Cette vaste étendue d’eau créée en 1978 par l’Etat du Cameroun a permis l’implantation de la deuxième phase du projet Semry, après une première étape à succès dans la ville de Yagoua où on a rapidement atteint les rendements de 6 tonnes de riz à l’hectare.
« L’objectif était d’assurer la sécurité alimentaire dans cette partie du Cameroun où l’écosystème est particulièrement fragile. Le sorgho et le mil qui comptent parmi les rares cultures à résister n’offraient pas de bons rendements, à cause du manque de pluies, des oiseaux granivores et des sauterelles », explique le directeur général adjoint de la Semry, Robert Nyonse. Objectif atteint, car le lac a fait de la riziculture une option plus durable pour l’alimentation des populations de l’Extrême-Nord en général.
Le lac de Maga s’étend sur 40 km² soit 40 000 hectares et peut contenir jusqu’à 625 millions m3 d’eau. Il irrigue 6200 hectares de rizières de la Semry, cultivés par 11 000 familles de cultivateurs. Les champs de Maga produisent en moyenne 35 000 tonnes de riz par an. La production globale de la Semry est estimée à 60 000 tonnes.
A la riziculture, s’est greffée la pêche. Une activité qui n’avait pas été envisagée lors de la création de l’infrastructure. « Pourtant, la pêche s’est imposée au fil des années. Et on a pu évaluer à 2000 tonnes la production annelle de poissons », confie Robert Nyonse. « Dans le lac, on trouve des capitaines, des carpes et des silures, parfois gros comme ça », affirme un pêcheur d’un geste ample.
Cette faune aquatique s’est constituée essentiellement grâce aux apports naturels des différents cours d’eau qui se jettent dans lac. « Ici à Maga, il y a deux activités : la riziculture et la pêche. On est riziculteur, pêcheur ou les deux à la fois, comme moi », se réjouit un paysan.
Opportunités d’affaires
Grâce au lac, il y a eu les célèbres « hors bord ». Ce sont les grandes pirogues à moteur qui transportent les marchandises et les personnes. Elles desservent les villages inaccessibles, situés le long des 27 km de la digue du lac. Des camions viennent ici laisser leurs cargaisons d’huile de palme raffinée, de savon et de divers produits manufacturés, qui sont ensuite acheminés via le lac. L’étang géant communique avec le fleuve Logone et permet ainsi aux « hors bord » d’aller jusqu’au Tchad voisin.
Le transport par le lac vient réduire la difficulté d’accès dans l’arrondissement de Maga où les pistes sont en piteux état, surtout en saison des pluies.
En saison sèche, les berges du lac de Maga sont très fréquentées par le bétail à la recherche de l’herbe fraîche. « C’est une zone extraordinaire de verts pâturages qui se laisse découvrir sur 4000 hectares, lorsque les eaux du lac baissent », indique Robert Nyonse.
Au finish, toute l’économie locale s’est structurée autour de ce vaste bassin. Des opportunités d’activités se sont multipliés, permettant ainsi se limiter l’exode rural des jeunes.
Une ville est née, puis un arrondissement : Maga. Une cité d’environ 80 000 personnes. « Avant le lac, cette ville n’existait pas. Sans le lac, il n’y aurait plus personne ici », prévient Robert Nyonse. La sous-préfecture et l’hôtel de ville ont été construits. Des services déconcentrés de l’Etat ont suivi. « La commune de Maga compte trois lycées, un CETIC (Collège d’enseignement technique industriel et commercial), cinq CES (Collège d’enseignement secondaire) et des écoles primaires », se réjouit le maire, Zigla Wandi.
Il est tout aussi fier du Centre de santé intégré et de l’hôpital de district qui bénéficiera bientôt de locaux flambants neufs grâce à un financement de la Banque islamique de développement. Il reste à les équiper. L’énergie électrique est disponible. Mais Maga souffre encore de l’absence d’Internet et de la mauvaise qualité du réseau téléphonique.
Pourtant le lac a pris un coup de vieux. Voilà six ans qu’il n’a pas reçu le moindre entretien, reconnaît le Dga de la Semry. Une raison valable pour que la nature se déchaîne contre les hommes.
Assongmo Necdem

































