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Yaoundé - 13 décembre 2019 -
Agriculture

Vivian Loss Sanmartin: « il y a de nombreux secteurs dans lesquels le Brésil peut apporter son expertise au Cameroun »

Vivian Loss Sanmartin: « il y a de nombreux secteurs dans lesquels le Brésil peut apporter son expertise au Cameroun »

(Investir au Cameroun) - L’ambassadeur du Brésil au Cameroun explore les pistes d’une coopération gagnant-gagnant avec son pays, notamment en matière de développement de l’agrobusiness.

Investir au Cameroun : L’ambassade du Brésil vient d’organiser un séminaire Cameroun-Brésil sur l’agrobusiness à Yaoundé. Pourquoi avez-vous particulièrement choisi de vous appesantir sur ce secteur ?

Vivian Loss Sanmartin: Nous avons choisi ce thème tout d’abord parce que l’économie camerounaise dépend fortement de l’agriculture, qui est la principale occupation des populations. Ensuite, parce que pour le gouvernement camerounais, la modernisation de ce secteur est une grande priorité depuis quelques années.

Nous pensons que dans ce secteur nous pouvons beaucoup apporter au Cameroun, parce que le Brésil est un pays qui a une tradition agricole très forte. De plus, notre pays a des similitudes avec le Cameroun, en ce qui concerne le climat et les sols. Nous y voyons beaucoup d’opportunités en termes de partage d’expériences, pour notamment aider l’agriculture camerounaise à se développer.

IC : Concrètement, qu’est-ce que le Brésil peut apporter au Cameroun pour l’aider à développer son agriculture ?  

VLS : Nous pouvons apporter notre expertise, par exemple, à travers des consultants que nous pouvons mettre à la disposition des agriculteurs pour les aider à améliorer leur productivité et la qualité de leur production. Grâce à des technologies que nous avons développées au Brésil et qui sont adéquates aux climats et sols des pays tropicaux, comme les nôtres, nous pouvons aider le Cameroun et ses producteurs à sortir d’une agriculture peu performante pour migrer vers une agriculture très performante.

En ce moment, nous avons une entreprise brésilienne déjà installée au Cameroun, qui fait ce travail auprès des entrepreneurs du secteur agricole. Il s’agit d’IBSS Agronomy. Cette entreprise apporte son expertise pour améliorer les rendements agricoles et la qualité des produits.

IC : Selon vous, l’une des clés du miracle brésilien en matière de développement de l’agrobusiness est l’Embrapa, institut de recherche créé au Brésil dans les années 70. Quel est l’état de la coopération entre le Brésil et le Cameroun dans le domaine de la recherche agricole ?

VLS : En ce moment, nous n’avons pas de projet dans ce sens. Par le passé, nous avons eu quelques projets, mais pas de très grande envergure. Il y a quelques années, un mémorandum d’entente a été signé entre l’Institut de recherche agronomique pour le développement (Irad) du Cameroun et l’Embrapa, qui est notre organisme de recherche agronomique. Il est question d’identifier des canaux d’une coopération, par exemple, dans la capacitation des techniciens camerounais au Brésil. Nous croyons que cela peut se faire.

Il y a surtout la possibilité de promouvoir les échanges, notamment en matière de contribution du secteur privé pour appliquer les technologies déjà développées au Brésil et applicables ici. Parce que si le secteur privé ne s’approprie pas les résultats de la recherche, elle ne sert pas à grand-chose.

IC : Justement, l’un des problèmes de la recherche au Cameroun est que les résultats ne sont pas très vulgarisés et le secteur privé s’y intéresse très peu ou alors pas du tout. Comment le Brésil peut-il aider le Cameroun à inverser cette tendance ?

VLS : La présentation de l’expert d’Embrapa a montré les recherches faites par cet organisme, et qui ont permis aux agriculteurs brésiliens de pousser la frontière agricole du pays. Avant, l’activité agricole était concentrée dans le sud du Brésil, où le climat est tempéré. Les agriculteurs sont allés au centre-ouest, où les biomes sont semblables à la savane africaine. Avant les résultats de cette recherche, les gens ne savaient pas qu’il était possible de faire de l’agriculture dans cette région du Brésil. Mais, avec des technologies qui ont permis de corriger l’acidité des sols, prévenir l’érosion et avoir deux, voire trois récoltes dans la même saison, tout cela a changé. Ainsi, des espaces qui étaient jadis des pâturages dégradés ont été transformés en terres agricoles à très haut rendement.

De manière générale, nous pouvons montrer aux Camerounais qu’ils peuvent migrer vers une agriculture moderne avec l’aide des technologies qui ont été développées au Brésil.

IC : Quels sont les produits agricoles camerounais que le Brésil souhaiterait aider à développer grâce à son expertise ?

VLS : Nous avons, par exemple, le manioc qui est un produit que le Brésil connaît très bien. Il y a aussi le maïs, le soja et les fruits que nous pouvons aider à développer au Cameroun. Certains de ces produits, comme le soja et le maïs, peuvent également contribuer au développement du secteur de l’élevage, parce qu’ils sont à la base de la production d’aliments pour les bêtes.

IC : En plus de ces échanges d’expériences, est-ce qu’il n’est pas plus intéressant d’inciter des opérateurs de l’agrobusiness au Brésil de créer des filiales au Cameroun ?

VLS : Cela pourra se faire dans l’avenir. Il y a des opérateurs économiques brésiliens qui sont intéressés par le Cameroun. Mais, il faut qu’il y ait des conditions adéquates pour qu’ils puissent s’installer. Avec la multiplication des échanges entre les deux pays, nous pensons que cela arrivera bientôt. Au Cameroun, on peut avoir de bonnes récoltes et un marché aussi bien local que sous régional (Afrique centrale). Avec le Brésil, le Cameroun peut avoir une coopération gagnant-gagnant.

IC : Le Brésil est un grand producteur de sucre et de café, deux produits pour lesquels la production est soit insuffisante soit en baisse drastique au Cameroun. Comment le Brésil peut-il aider le Cameroun à redresser la barre dans ces deux filières ?

VLS : L’histoire de la canne à sucre au Brésil est assez intéressante, parce qu’on la produit non seulement comme aliment, mais aussi comme biocarburant. Dans notre pays, tous les véhicules roulent avec environ 25% d’éthanol à base de canne à sucre, qui est ajouté à l’essence. Donc, c’est possible de produire non seulement le sucre, mais aussi l’alcool qui peut être utilisé localement et être même exporté. La même chose peut être envisagée au Cameroun.

Il en va de même pour le café. Au Cameroun, je pense qu’il faut d’abord commencer par booster la consommation locale et améliorer la qualité. Il faut que les populations consomment plus de café. C’est très important pour pouvoir attirer des investisseurs dans cette filière. Ces dernières années, la production caféière au Cameroun a énormément baissé, mais pour y investir il faut qu’il y ait un marché local attractif et un produit de bonne qualité.

IC : En dehors de l’agrobusiness, quels sont les autres secteurs de l’économie camerounaise susceptibles d’intéresser les investisseurs brésiliens ?

VLS : Il y en a plusieurs. Je pense notamment aux infrastructures. Le Brésil est un pays leader dans les énergies renouvelables. Nous avons beaucoup d’entreprises travaillant dans la construction des barrages et la production de l’électricité. Nous avons aussi des solutions novatrices pour la production d’énergie décentralisée, par exemple, à partir de la bagasse de la canne à sucre, le biogaz, etc.

Le Brésil a également de l’expertise dans tout ce qui est transport et mobilité urbaine. Nous avons un constructeur d’avions qui est la société Embraer. Par ailleurs, nous avons des systèmes de surveillance qui pourraient être utilisés par les forces armées et de sécurité. Bref, il y a de nombreux secteurs dans lesquels le Brésil peut apporter son expertise au Cameroun.

IC : Camair-Co, la compagnie aérienne camerounaise, a actuellement dans sa flotte un aéronef Embraer en location. L’on pourrait s’attendre à ce que d’autres avions de ce constructeur brésilien arrivent dans sa flotte à titre définitif, par exemple ?

VLS : Oui, naturellement. Ce sont d’excellents aéronefs, avec une taille très adaptée aux besoins locaux et une performance déjà prouvée mondialement. Il faut aussi mentionner l’Embraer Défense, une branche de la compagnie qui produit des avions pour les forces armées, de sécurité et les organismes de défense civile. Il s’agit, par exemple, des « Super Tucanos », qui sont déjà utilisés dans certains pays africains. Il y a aussi le KC-390 qui vient d’être lancé. C’est un avion militaire de transport (troupes et matériels), apte au ravitaillement en vol, à la recherche et au sauvetage, ou à la lutte anti-incendie...

Entretien avec Brice R. Mbodiam

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