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Yaoundé - 07 mai 2021 -
Agriculture

Avec le décès de Bernard Njonga, le Cameroun perd un combattant pour la souveraineté alimentaire

Avec le décès de Bernard Njonga, le Cameroun perd un combattant pour la souveraineté alimentaire

(Investir au Cameroun) - Ingénieur agronome de formation, rendu célèbre par son activisme pour la souveraineté alimentaire du Cameroun, Bernard Njonga est décédé dans la nuit du 21 au 22 février 2021, à l’âge de 66 ans. Il a succombé de suite de maladie alors qu’il était en évacuation sanitaire au CHU d’Amiens, en France, a-t-on appris de diverses sources proches du défunt. Ainsi s’achève la vie d’un fervent défenseur du monde rural.

En effet, au bout d’une longue activité de plaidoyer et de lobbying enclenchée en 2003, à travers l’Association citoyenne pour la défense des intérêts collectifs (Acdic) ; et après plusieurs séjours dans les geôles de la police à l’occasion des manifestations publiques ; puis une pléthore de reportages radiotélévisés sponsorisés sur le déclin de la filière avicole au Cameroun, Bernard Njonga est celui qui aura obtenu du gouvernement, en mars 2006, l’interdiction des importations de poulets congelés dans le pays.

Cette décision du gouvernement, encore en vigueur 15 ans plus tard, et qui a permis de relever la filière avicole locale alors à l’agonie depuis des années, a surtout consacré la naissance du « José Bové camerounais », comme on finira par le surnommer. Sur les traces de son idole française (invité au Cameroun par M. Njonga puis refoulé à l’aéroport), dont il expérimente habilement les méthodes au Cameroun (plus de 15 000 œufs versés un matin devant les locaux du ministère de l’Élevage pour protester contre la gestion de la grippe aviaire, NDLR), Bernard Njonga embrasse un nouveau combat, après la victoire sur le poulet congelé.

En effet, à peine le gouvernement avait-il interdit les importations des poulets congelés qu’une épizootie de grippe aviaire se déclenchera dans le pays en mai 2006, ruinant les premiers efforts de reprise déployés par les aviculteurs camerounais. On verra alors Bernard Njonga dans des spots publicitaires et les marchés, mordant dans une cuisse de poulet ou alors mangeant des œufs, pour tenter de stopper la mévente des produits avicoles boudés par les consommateurs craignant une contamination au virus H5N1. Pourtant, expliquera en vain Bernard Njonga, ce virus est incapable de résister à une cuisson à point, comme c’est le cas dans les habitudes alimentaires au Cameroun. 

Scandale des tracteurs « Sonalika »…

S’il ne réussit pas à freiner la mévente du poulet sur le marché, « José Bové » du Cameroun et les aviculteurs locaux, grâce à un lobbying intense dans les couloirs du gouvernement, finiront par obtenir de substantielles indemnisations pour les acteurs de la filière avicole impactés par l’épizootie de 2006. Des mois plus tard, constatant le renchérissement du maïs sur le marché, il s’intéresse à la destination des financements mis à la disposition du « projet maïs » du ministère de l’Agriculture, mis en place pour doper la production de cette céréale qui constitue 70% de la provende, l’aliment des poulets de ferme.

Au bout d’une enquête minutieusement menée dans les bassins de production du pays, l’Acdic et Bernard Njonga mettront en évidence des détournements d’une partie des 2 milliards de FCFA gérés par les responsables du « Projet maïs ». Le responsable du projet sera limogé, avant d’être discrètement mis à la disposition de la justice un peu plus tard. Le Cameroun doit également à cet ingénieur agronome la révélation du scandale autour des tracteurs « Sonalika », dont l’usine de montage et des centaines de tracteurs prêts à l’emploi sont jusqu’à nos jours abandonnés dans la broussaille à Ébolowa, dans la région du Sud du pays.

Sur le tableau de chasse de ce passionné du monde rural et de la consommation de la production locale, l’on peut également citer la campagne pour la lutte contre les importations massives des produits alimentaires de grande consommation, qui obèrent la balance commerciale du pays ; ainsi que la promotion des produits agro-alimentaires made in Cameroon, au cours d’une grande soirée de dégustation organisée à Yaoundé, la capitale du pays, à la veille du Comice agro-pastoral d’Ebolowa de 2011. À la faveur de cette démonstration du savoir-faire des boulangers et autres pâtissiers locaux utilisant de la matière première locale, M. Njonga obtiendra d’ailleurs des facilités des autorités camerounaises, pour tenir un stand du made in Cameroon lors du Comice agropastoral d’Ebolowa en 2011.

 Mais en 2014, las de pouvoir imposer ses idées aux décideurs politiques, il quitte la tête de l’Acdic pour se lancer en politique. Président du parti politique dénommé Croire au Cameroun (Crac), il ambitionne de briguer la magistrature suprême lors de l’élection de 2018, à laquelle il ne prendra finalement pas part pour des raisons de santé. Mais sera candidat dans la circonscription du Moungo-nord lors des législatives de 2020. Mais ne sera pas élu.  

Un destin prédéfini

Bref, le destin de Bernard Njonga ne lui aura pas permis de transformer le Cameroun en 4 ans au moyen du développement de l’agriculture, comme il aimait à le dire. Il aura plutôt marqué son époque par la défense de la production agricole locale et la souveraineté alimentaire de son pays. Une voie qui semblait lui avoir été tracée, dès son jeune âge.

En effet, jeune bachelier à la fois reçu au concours d’entrée à l’École d’aéronautique d’Alger (Algérie), au Centre universitaire des sciences de la santé (CUSS) et à l’École nationale supérieure d’agriculture de l’époque (Ensa), Bernard Njonga, mu par sa passion pour l’agriculture, préfèrera une formation d’ingénieur agronome, au détriment de celle de médecin ou d’ingénieur de l’aéronautique civile.

Affecté au ministère de la Recherche scientifique comme fonctionnaire après sa sortie de l’Ensa, il se sent très vite à l’étroit, après seulement 2 ans de carrière. « Je suis donc parti de la recherche. Ce qui n’a pas plu à mon directeur et au ministre de l’époque, qui m’ont amené à prendre la décision de démissionner de la fonction publique », relatait-il.

À la fin des années 80, le néo-démissionnaire de la fonction publique crée le Service d’appui aux initiatives de développement local (Saild), une organisation non gouvernementale qui commence à éditer « La Voix du Paysan », un journal de promotion des activités agro pastorales qui continue d’être, jusqu’à nos jours, le bréviaire de nombreux entrepreneurs agricoles au Cameroun. Mais, c’est l’Acdic, qu’il crée en 2003, et qui portera la défense des causes liées au développement du monde rural et la souveraineté alimentaire, qui portera au firmament cet admirateur de José Bové, lequel vient de s’éteindre, l’arme en bandoulière.

Brice R. Mbodiam

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