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Yaoundé - 21 avril 2019 -
Banque

Comment des Camerounais et des expatriés ont détourné 118 milliards FCFA à la BICEC, filiale de BPCE, entre 2003 et 2015 (CONAC)

Comment des Camerounais et des expatriés ont détourné 118 milliards FCFA à la BICEC, filiale de BPCE, entre 2003 et 2015 (CONAC)

(Investir au Cameroun) - La Commission nationale anti-corruption du Cameroun (CONAC) fait des révélations troublantes dans son rapport d’activité comptant pour l’exercice 2017, en utilisant des sigles pour parfois masquer la véritable identité des protagonistes. Investiraucameroun ne s'est pas risqué à déchiffrer les sigles dont il n'est pas sûr. 

Dans ce rapport, la CONAC révèle qu’à la suite d’une dénonciation écrite initiée par Innocent Ondoa Nkou, l’ancien directeur général adjoint de la Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le Crédit (BICEC), en date du 19 août 2016, elle a réalisé une mission d’enquête et d’investigations. Ceci dans le but de vérifier les faits de corruption et infractions assimilées susceptibles d’être constatés dans la gestion de la BICEC, au cours de la période allant de 2003 à 2015.

« Le total des sommes détournées y compris le préjudice financier subi par l’Etat du Cameroun se chiffre à 118 275 239 747 FCFA (cent dix-huit milliards deux cent soixante-quinze millions deux cent trente-neuf mille sept cent quarante-sept) », écrit la CONAC.

L’organisme en charge de la lutte contre la corruption rapporte que toutes ces sommes ont été détournées via plusieurs mécanismes de fraudes.

« La pratique de l’abandon des créances a été utilisée abusivement pour détourner de fortes sommes d’argent des caisses de l’institution. Cette technique mafieuse bien huilée a permis aux complices (avocats et cadres de la banque) de s’enrichir et aux structures bénéficiaires de se soustraire de l’obligation de rembourser leurs dettes », peut-on lire dans le rapport.

Le rôle des avocats

Selon la CONAC, les avocats chargés d’examiner les dossiers concernés délivraient des certificats de carence fantaisistes pour faciliter la prise de décision de la banque.

Certaines structures, à l’instar de « DFM » débitrice de la somme de 48 876 451 FCFA, semblent être des prête-noms. Les recherches liées à l’identification de cette société ont mené la mission de la CONAC à une impasse.

L’organisme étatique ajoute : « la gestion des relations professionnelles entre les avocats et les responsables de la BICEC a été l’une des poches de corruption et de détournement des fonds à la banque. Le non-respect des règles régissant les conditions de collaboration entre les avocats et leurs clients ainsi que les mécanismes de fraude relevés par la mission illustrent à suffisance l’utilisation d’un réseau de détournement ».

Autre technique de fraude : les marchés publics


En effet, écrit la CONAC, dans le cadre de l’exécution du contrat confié à la Société ISA, le détournement de fonds s’est fait à travers les livraisons fictives.

Il se trouve qu’entre 2003 et 2015, la quasi-totalité des livraisons de coffres-forts, d’ordinateurs ou d’autres mobiliers par la Société ISA était des livraisons fictives. A titre d’illustration, cette société s’est fait payer pour la livraison de 1291 coffres-forts alors que le rapport ne dénombre que 58 coffres-forts répartis dans les 37 agences et siège de la BICEC sur tout le territoire national.

Par conséquent, la banque a versé à la Société ISA, la somme de 49 823 157 667 FCFA (à travers 721 décaissements entre 2003 et 2015). La fraude a été élaborée autour de cette société dirigée par M. N., chargée de livrer à la BICEC des immobilisations (ordinateurs, meubles, coffres-forts, etc.). Les livraisons n’ayant jamais été effectives, les postes d’immobilisations ont donc été artificiellement gonflés par des factures correspondant à des immobilisations fictives.

Complicité des nationaux et des expatriés

Pour la CONAC, la dénonciation de M. Ondoa Nkou a permis de découvrir « l’existence effective d’un vaste réseau de corruption impliquant non seulement des Camerounais, mais aussi des expatriés qui ont participé à plusieurs niveaux à la mise en place des réseaux de fraude et de détournement des fonds à la BICEC ».

Société d’économie mixte sous la forme de S.A., la BICEC est une banque commerciale et industrielle. Elle est née de la défunte Banque Internationale pour le Commerce et l’Industrie du Cameroun (BICIC), grâce au repreneur français BPCE qui contrôle des parts à hauteur de 52,47%. BPCE est dans le processus de céder cette banque qui pèse actuellement près de 750 milliards FCFA à la marocaine Banque centrale populaire (BCP).

C'est le 1er juin 2016 qu'une plainte contre X a été déposée par les avocats de la BICEC, auprès du tribunal de grande instance de Douala pour des motifs de détournements de fonds.

Par la suite, le 8 août 2016, Innocent Ondoa Nkou, ex-directeur général adjoint de la BICEC pendant 20 ans, a été écroué à la prison centrale de Douala, à New-Bell. A sa suite, Benoit Ekoka, expert-comptable, Samuel Ngando Mbongue, ancien directeur de la comptabilité et de la trésorerie et Martin Nyamsi, prestataire de service de la banque à travers son entreprise « Interface » ont aussi été interpellés.

Avec ce nouveau rapport de la CONAC, cette fraude bancaire n'a pas fini de révéler tous les ressorts cachés.

Sylvain Andzongo

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