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Yaoundé - 20 octobre 2018 -
Diaspora

Francis Ngapout : «Au sein de la diaspora camerounaise, nous entrevoyons beaucoup d’opportunités au pays.»

Francis Ngapout : «Au sein de la diaspora camerounaise, nous entrevoyons beaucoup d’opportunités au pays.»

(Investir au Cameroun) - Installé à Dallas, aux Etats-Unis d’Amérique, où il vit depuis 2001, ce Camerounais fait partie de cette diaspora qui a su tirer son épingle du jeu. L’ancien champion du sprint revient sur son expérience d’immigré et les ambitions qu’il nourrit pour son pays d’origine. 

Investir au Cameroun : Vous êtes à la tête d'une entreprise de génie civil à Dallas. Pouvez-vous partager votre parcours avant ce qui peut apparaître aujourd’hui comme une consécration ?

Francis Ngapout : Merci de me donner l’occasion de parler du chemin parcouru jusqu’ici. En fait, je suis arrivé aux Etats-Unis en janvier 2001, à la faveur d’une bourse sports-études de l’université du Texas, à San Antonio. C’était après avoir obtenu un diplôme en administration du sport de l’université de Johannesburg, en Afrique du Sud, qui, à ce moment-là, s’appelait encore Rand Afrikaans University. J’étais un athlète spécialiste du 100 et du 200 mètres. J’ai été champion du Cameroun du 100 mètres et recordman du Cameroun au relai 4x100 mètres. Après une année à San Antonio, j’ai été transféré au Boise State University, où j’ai obtenu un Bachelor en sociologie américaine, et plus tard un Master en engineering spécialisé (Instructional & Performance Technology).

J’ai travaillé à Wells Fargo Bank comme Manager de crédit, puis directeur de succursale. C’est ma carrière à Wells Fargo Bank, qui m’a permis de comprendre l’environnement des affaires aux Etats-Unis. J’ai collaboré avec plusieurs hommes d’affaires dans des domaines divers, et particulièrement avec le développeur de l’immobilier résidentiel Kori Barton, propriétaire de l’entreprise Kori Barton Homes, où j’ai servi comme Chief Financial and Operations Officer (CFOO). A partir de cette expérience, j’ai quitté Boise pour aller poursuivre le rêve américain à Dallas, en créant ma propre entreprise, qui s’appelle Architects Roofing LLC. J’en suis le Président et le CEO. Elle est spécialisée dans la rénovation, le revêtement et la construction immobilière. 

IC : Comment est-ce qu'on arrive à entreprendre et à réussir dans un pays aussi compétitif que les Etats-Unis d'Amérique, lorsqu'on est un immigré africain ? 

FN : J’ai toujours été très compétitif et grâce à mon background d’athlète sprinter, j’ai pu déployer le même type d’énergie, d’agressivité, de maîtrise de la situation, de persévérance dans l’effort, de travail intensif ; le tout focalisé sur la recherche du rendement optimum et des résultats. Comme immigré, je dois travailler plus dur, plus efficacement, et être plus efficient pour gagner la confiance du client, notamment en livrant des projets de haute qualité, avec un service clientèle impeccable. Bref, je travaille plus dur que mes concurrents afin de gagner la compétition.

IC : Votre domaine d'expertise touche un secteur essentiel, à savoir le logement, qui figure parmi les objectifs de développement du Cameroun. Est-ce que vous avez déjà envisagé de mettre vos compétences et votre expertise au service du développement de votre pays ?

FN : Absolument, j’y pense plusieurs fois par jour. Il est très important pour moi d’avoir la possibilité de partager mon expertise dans ce domaine, pour le bénéfice de notre cher et beau pays que nous aimons tous. C’est important pour moi d’apporter une contribution et un soutien à ceux qui travaillent dur actuellement, pour bâtir le Cameroun. 

J’évolue dans un environnement dans lequel la technologie dans le bâtiment est très avancée, avec des introductions régulières de nouveaux matériaux et nouvelles techniques de construction. La matière première pour ces matériaux peut se trouver sur place au Cameroun, ainsi que les ressources humaines appropriées. Par exemple, un développement des constructions immobilières intégrant une meilleure transformation du bois est faisable au Cameroun, à condition que le cadre soit structuré et adapté.

IC : De votre position, qu'est ce qui est le plus contraignant lorsqu'il faut prendre la décision de rentrer investir dans son pays ? 

FN : Pour moi, il n’y a pas beaucoup de contraintes, parce que je suis très motivé à apporter du positif à mon pays. Le plus complexe pour moi qui vit aux USA, c’est parfois la difficulté à ménager les engagements de famille, parce qu’on arrive ici on crée une famille avec des enfants et c’est toujours difficile de les laisser pour quelques jours ou quelques mois. C’est encore plus difficile de les déplacer. Or, pour s’engager sérieusement dans le pays, il faut pouvoir y être présent, afin d’obtenir plus d’efficience, ne serait-ce que pour un début. 

IC : On attend de la diaspora qu'elle s'implique dans de gros projets, mais vous défendez plutôt l'idée d'un appui à de petites initiatives susceptibles de croissance rapide. Quelle est la logique derrière cette manière de voir ?

FN : Absolument, je suis pour de petites initiatives d’entreprise. Avec cette dynamique, ces petites entreprises pourraient créer le maximum d’emplois en un temps record. Ce qui pourrait ensuite générer plus de recettes fiscales pour l’Etat et un rapide retour sur investissement pour les promoteurs, qui pourraient réinvestir et ainsi créer une sorte de cercle vertueux. Nous avons besoin de faire circuler l’argent dans notre économie, et je suis assez satisfait de voir le volume des efforts qui sont faits par le ministère de l’Economie et de la Planification, ainsi que les autres administrations.

IC : Diriez-vous que l'environnement des affaires est globalement mauvais au Cameroun, comme on peut souvent l’entendre dans les campagnes organisées par une partie des activistes des réseaux sociaux ?

FN : Je dirais plutôt que l’environnement des affaires est très bon. Lorsque je regarde ce qui se passe avec la croissance démographique, je ne vois que des opportunités d’affaires dans tous les domaines. J’ai aussi pu noter qu’au sein de la diaspora camerounaise, plusieurs d’entre nous entrevoyons beaucoup d’opportunités au Cameroun. Il est vrai que certaines lois pourraient être reformulées pour alléger davantage les procédures et les processus au sein de l’administration, afin de donner plus d’incitations concrètes et de rendre plus facile la création d’entreprises, notamment celles du secteur de la production. C’est, à mon humble avis, de cette manière que les gens de la diaspora pourront créer davantage d’emplois dans notre pays.

IC : Sur un tout autre domaine, vous avez été un grand champion en Afrique, notamment dans le domaine des courses de sprint. Aujourd'hui, vous travaillez à donner des opportunités à des jeunes. Qu'est-ce qui explique cet engagement de votre part, est-ce une logique de business ? 

FN : Comme je l’ai dit plus tôt, j’ai été athlète champion du Cameroun au 100 mètres, et je détiens encore le record du Cameroun au relais 4x100 mètres. J’ai plusieurs fois été athlète sélectionné de l’équipe nationale d’athlétisme, et représenté avec honneur le Cameroun à trois championnats du monde et aux jeux de la Francophonie. C’est la plus importante partie de ma vie, que je ne saurais oublier.

C’est pour cette raison que j’ai créé le programme Yassa (Youth Academic & Sports Scholarship Assistance), pour rehausser l’image et la participation de l’athlétisme camerounais au niveau national et international. Dans ce programme, l’objectif est de recruter, développer et encadrer des talents dans les domaines académiques et sportifs, et leur offrir des débouchés, afin qu’ils puissent exprimer leurs talents au plus haut niveau, et en même temps représenter le Cameroun et ramener des médailles des jeux olympiques et championnats du monde. 

IC : Où en êtes- vous avec ce projet et à quand les premiers bénéficiaires ? 

FN : J’ai fait une dotation d’un système de chronométrage électronique et autres infrastructures à la Fédération camerounaise d’athlétisme, en vue du développement des performances au Cameroun. Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, les athlètes bénéficient désormais de ce système qui leur donne des performances précises et reconnues par l’IAAF. Je me suis engagé dans le projet Yassa par amour de mon pays. Certains attendent tout du pays ou du gouvernement. Je pense plutôt que chacun devrait faire quelque chose pour son pays.

IC : Les jeunes, que ce soit dans le domaine des sports ou du business, invoquent toujours le manque de moyens financiers pour avancer dans leurs initiatives. Quels types de conseils leur donneriez-vous, vous qui êtes parti de presque rien ?

FN : A ce sujet, je dirais que les jeunes doivent considérer le manque de moyens financiers comme une grosse motivation. Avec une telle idée en tête, ils auront plus de détermination et travailleront plus dur pour sortir de cette situation. Je ne crois pas en la facilité. On ne peut pas non plus assister financièrement un débutant ou un athlète, qui n’a pas encore fait ses preuves. Le programme Yassa est là pour assister ceux qui feront leurs preuves, non seulement sur la piste, mais aussi sur le plan académique. Car, l’on doit toujours prévoir l’après carrière sportive. Ainsi, à travers le programme Yassa, et dès septembre 2018, nous offrons 10 bourses académiques et sports-études aux jeunes qui ont brillé sur les plans académique et sportif.

Entretien avec Idriss Linge, à Dallas

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