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Yaoundé - 19 septembre 2021 -
Economie

Port de Douala : un patrimoine de plusieurs milliards de FCFA au cœur d’une bataille entre l’État et le cabinet Atou

Port de Douala : un patrimoine de plusieurs milliards de FCFA au cœur d’une bataille entre l’État et le cabinet  Atou

(Investir au Cameroun) - L’affaire de détournement présumé des fonds publics au Port autonome de Douala (PAD), en instruction au Tribunal criminel spécial (TCS) à Yaoundé, n’est que la face visible de la bataille pour le contrôle de la gestion du patrimoine de trois ex-sociétés d’État. Il s’agit de l’Office national des ports du Cameroun (ONPC, ancêtre du PAD), l’Office national de commercialisation des produits de base (ONCPB) et la Régie nationale des chemins de fer du Cameroun (RNCF ou Regifercam). Le patrimoine cumulé de ces trois entités est estimé à une centaine de milliards de FCFA, apprend-on de sources proches du dossier. L’instruction au TCS a, en effet, été ouverte à la suite d’une dénonciation de Lazare Atou du cabinet éponyme, qui gère depuis une dizaine d’années déjà les actifs de ces ex-sociétés d’État.  

Cette dénonciation de M. Atou a servi de base à la convocation et à l’audition du directeur général (DG) du PAD, Cyrus Ngo’o, par la division du corps spécialisé des officiers de police judiciaire de cette juridiction spéciale, le 18 août 2021. Elle « serait ‘’une réaction punitive’’ contre monsieur Cyrus Ngo’o, pour son obstination à faire incorporer, dans le patrimoine du PAD, les actifs immobiliers résiduels de l’ex-Office national des ports du Cameroun (ONPC), dont le cabinet Atou se prévaut d’être le liquidateur », affirme le service de la communication du PAD, dans une mise au point datée du 20 août 2021.  

Sollicité après son passage devant les fins limiers du TCS, Lazare Atou se montre moins disert et évasif sur ses motivations, se contentant de reconnaître : « Nous avons porté cette affaire devant les juges par dénonciation écrite et signée de ma main ». Mais, il y a en effet un lien entre l’incorporation, dans le patrimoine du PAD, des actifs immobiliers résiduels de l’ex-ONPC et l’affaire de détournement présumé des fonds publics ouverte par le TCS. Dans sa dénonciation, Lazare Atou soutient en effet que cette incorporation vise à couvrir « le détournement de deniers publics d’un montant de plus de FCFA 53 milliards, dans la conception et l’exécution du marché spécial du 13 avril 2018 relatif au projet de sécurisation du périmètre et le contrôle des accès du port de Douala/Bonabéri ».  

EVOLUTION DU PROJET DE SECURISATION DU PORT DE DOUALA-BONABERI

L’on peut tout de même remarquer que cette dénonciation est faite au moment où la gestion du patrimoine des ex-ONPC, ONCPB et Regifercam, qui nourrit des batailles à fleurets mouchetés au sein du sérail et soumet à rude épreuve la solidarité gouvernementale depuis plus d’une décennie, prend une nouvelle tournure. En effet, le 2 juin 2021, le ministre d’État, secrétaire général de la présidence de la République (SG/PR), Ferdinand Ngoh Ngoh, a signifié au DG du PAD l’accord du président de la République pour engager, sans délai, les procédures de restitution des actifs résiduels de l’ex-ONPC au PAD.  

Lazare Atou sur la sellette  

Dans cette optique, le 2 juillet 2021, le SG/PR répercute au ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf), Henri Eyebe Ayissi, les « très hautes instructions » du président de la République lui demandant de « retirer le titre foncier N°1023/W établi par le cabinet Atou au nom de l’ex-ONCPB sur un terrain du domaine public portuaire; prendre en liaison avec le ministre des Finances les mesures nécessaires relevant de sa compétence en vue, d’une part, de la restitution des actifs résiduels de l’ex-ONPC au Port autonome de Douala et, d’autre part, de reverser dans le domaine privé de l’État les terrains appartenant aux ex-RNCF et ONCPB ».  

Dans la même correspondance, Ferdinand Ngoh Ngoh précise à Henri Eyebe Ayissi : « Vous ferez également toutes les diligences de votre ressort pour la mise en œuvre rapide des très hautes directives données au ministre des Finances par le chef de l’État, prescrivant de mettre un terme, dans les meilleurs délais, au mandat donné au cabinet Atou pour la sauvegarde des actifs résiduels des ex-RNCF, ONPC et ONCPB ».  

Le SG/PR revient à la charge dans une correspondance adressée au ministre des Finances (Minfi) en date du 22 juillet 2021 et ayant pour objet : « arrêt des activités du cabinet Atou concernant la sauvegarde et la gestion des actifs résiduels des ex-RNCF, ONPC, ONCPB ». Dans celle-ci, Ferdinand Ngoh Ngoh demande au Minfi, Louis Paul Motaze, «de bien vouloir lui faire le point, sous huitaine, sur les mesures prises ou envisagées pour mettre en œuvre les très hautes instructions de monsieur le président de la République contenues dans sa lettre du 2 juillet 2021 ».

Contre-attaque musclée  

En réaction, le 13 juillet 2021, l’administrateur général du cabinet Atou adresse au SG/PR un « recours gracieux en réformation des termes de (ses) correspondances du 2 juillet 2021 ». À mots à peine voilés, Lazare Atou accuse le SG/PR de mentir. Il soutient que dans la dernière correspondance de Ferdinand Ngoh Ngoh, « il y était question des mensonges véhiculés par les responsables du Port autonome de Douala ». Et d’ajouter : « Ce que je n’avais pas prévu, c’est que cet état de chose allait s’emparer de vos propres services ». Ceux-ci, s’émeut Lazare Atou, « ont mis sous votre plume et avec cette formule sacrée : “’ sur très hautes instructions du président de la République”’, des instructions adressées à plusieurs membres du gouvernement à notre encontre, élaborées sur la base d’un honteux tissu de mensonges ».  

Par ailleurs, le principal responsable du cabinet Atou rappelle à Ferdinand Ngoh Ngoh que ce dernier lui a fait remettre, le 24 juin 2021, par un collaborateur, une correspondance dans laquelle il remettait « en cause le caractère authentique des “’très hautes instructions du chef de l’État”’, qui nous ont été notifiées en date du 26 mai 2021 par un autre collaborateur du chef de l’État qui, comme vous, est bien habilité à faire usage de cette même formule sacrée ».  

Lazare Atou va plus loin en faisant observer au SG/PR que ses différentes correspondances demandant, entre autres, la révocation du mandat du cabinet Atou et la dévolution au PAD, à titre gracieux, des actifs d’une entreprise publique en liquidation encore grevés des droits de ses créanciers, « ne font référence à aucune loi ». Pire, poursuit-il, ces correspondances violent la loi du 12 juillet 2017 portant statut général des entreprises publiques, dans ce sens qu’elles instruisent le transfert desdits actifs au domaine privé de l’État.  

Soutiens  

Dans sa correspondance, Lazare Atou met d’ailleurs le SG/PR en garde : « Le chef de l’État prévient au travers de son instruction générale du 4 juin 1998, relative à l’organisation du travail gouvernemental, que des instructions données, même en son nom, au mépris et en marge des lois et règlements de la nation, sont nulles et non avenues, et engagent la responsabilité individuelle de leurs auteurs et de ceux qui se prêtent à leur exécution ».  

Si Lazare Atou adopte volontiers un ton irrévérencieux vis-à-vis du SG/PR, c’est qu’il sait pouvoir compter sur des soutiens influents et haut placés dans l’appareil de l’État. Il trahit d’ailleurs, sans toutefois révéler son identité, l’un d’entre eux dans la correspondance au vitriol à Ferdinand Ngoh Ngoh. D’après une source se targuant d’une parfaite connaissance de ce dossier, il pourrait s’agir du directeur du cabinet civil, Samuel Mvondo Ayolo, si ce n’est le ministre d’État, ministre de la Justice, Laurent Esso, réputé très proche de M. Atou.  

D’ailleurs, par le passé, des membres du gouvernement qui se sont intéressés à sa gestion de la liquidation des ex-ONPC, ONCPB et Regifercam, ont vécu l’épreuve de l’humiliation. L’on peut citer les cas des anciens ministres des Finances Essimi Menye, et avant lui Polycarpe Abah Abah, qui a pourtant offert le mandat controversé depuis des lustres au cabinet Atou. Mais, constatant que les caisses de l’État ne reçoivent rien de la gestion de ce riche patrimoine, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, en prison depuis 2008, révoque le mandat. Polycarpe Abah Abah initie même une procédure judiciaire contre le cabinet Atou pour ventes irrégulières des biens mobiliers et immobiliers de ces anciennes sociétés publiques. En vain. Essimi Menye va dans le même sens en confiant la liquidation à un autre cabinet. Laurent Esso, alors SG/PR, désavoue ces ministres en réhabilitant le cabinet Atou, dont le promoteur, au passage, échappe de peu à la prison.  

L’heure des comptes ?  

Mais aujourd’hui, tout porte à croire que l’heure des comptes a enfin sonné pour ce cabinet, qui semble avoir uniquement été créé pour un seul but, si l’on s’en tient à son en-tête ainsi libellé : « Cabinet-conseil Atou-Gestion et sauvegarde des actifs résiduels des ex-ONCPB, ONPC et Regifercam ».  

La 15e session du Comité de suivi des travaux de reconstitution des limites des domaines publics portuaires du Cameroun, qui se tient ce 26 août 2021, portera, entre autres, sur « l’examen des modalités de la poursuite du recensement des actifs résiduels de l’ex-ONPC à restituer au PAD et l’identification des modes de transfert ».  

LA RÉSIDENCE DU DG DU PORT AUTONOME DE DOUALA

PAD : « de nombreuses années, le PAD n'avait pas une résidence à la hauteur de cette entreprise, poumon économique du Cameroun, malgré qu'il soit propriétaires de nombreuses résidences gérées malheureusement par le Cabinet Atou Lazare ».

En effet, le décret présidentiel du 24 janvier 2019 portant réorganisant du PAD dispose : « L’État transfère au Port autonome de Douala en propriété et en jouissance, selon le statut juridique de ces biens, les actifs ainsi que le patrimoine de l’ex-Office national des ports du Cameroun localisés dans la circonscription portuaire de Douala-Bonabéri ».  

Ce décret précise que ce patrimoine est constitué des « dépendances et les biens du domaine public portuaire, ainsi que les biens du domaine privé de l’État affectés au PAD, les biens du domaine privé de l’État attribués en propriété au PAD au titre de l’apport de l’État à la formation du capital de la société, le patrimoine de l’ex-ONPC situé à l’intérieur de la circonscription de compétence du PAD, les infrastructures et immeubles relevant du domaine public portuaire de Douala-Bonabéri, etc. ». Ce riche patrimoine, géré jusqu’ici dans la plus grande opacité, nourrit bien d’appétits.  

Dominique Mbassi 

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