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Yaoundé - 19 avril 2024 -
Energie

Électricité : privé des 304 MW de Globeleq, Eneo contraint d’intensifier les délestages

Électricité : privé des 304 MW de Globeleq, Eneo contraint d’intensifier les délestages

(Investir au Cameroun) - Depuis le mardi 31 octobre 2023, Eneo a lancé une nouvelle opération de rationnement de la fourniture de l’énergie électrique. Conformément aux instructions données par le ministère de l’Eau et de l’Énergie, ces délestages devraient prioritairement cibler les entreprises. Mais les ménages ne devraient pas être épargnés. « Lorsque nous ciblons les industries, les habitations riveraines sont aussi concernées », explique une source autorisée au sein du concessionnaire du service public de l’électricité au Cameroun.

En plus, la profondeur du déficit est telle que « l’effacement des industries ne devrait toujours pas suffire ». Selon nos informations, ce déficit s’est par exemple situé à 165 MW dans la soirée de mardi et a varié entre 30 et 145 MW entre minuit et 17 heures. À cela, il faut ajouter le fait que les tensions de trésorerie actuelles limitent les capacités de la filiale du fonds d’investissement britannique Actis à approvisionner les centrales thermiques (centrales d’appoint) en combustibles. Les coupures d’électricité, jusqu’ici dues principalement à la défaillance des ouvrages de transport et distribution, devraient donc s’accentuer dans la partie sud du pays où deux ouvrages de production sont à l’arrêt depuis le 31 octobre. 

Depuis ce jour, Globeleq, entreprise britannique qui gère les centrales à fuel de Dibamba (88 MW), dans le Littoral, et à gaz de Kribi (216 MW), dans la région du Sud, a décidé de les mettre à l’arrêt. Ce producteur indépendant de l’énergie électrique, qui a notifié sa décision à Eneo la veille, proteste ainsi contre l’accumulation des impayés auprès de la société de distribution de l’électricité, qui attend de son côté l’apurement des impayés de l’État et de ses démembrements, pour pouvoir régler à son tour l’ardoise auprès de ses fournisseurs.

En effet, face à un déficit de trésorerie quasi permanent, qui a culminé à 113 milliards de FCFA à fin 2022 (contre 96 milliards de FCFA en 2021), en raison notamment de l’accumulation des impayés par l’État et ses démembrements, Eneo peine à verser chaque mois à Globeleq les 8 milliards de FCFA (6,36 milliards pour KPDC et 1,79 milliard DPDC) dus pour ses approvisionnements depuis les centrales de Kribi et de Dibamba. Selon les chiffres officiels, les tensions de trésorerie de la compagnie d’électricité sont telles qu’au 31 décembre 2022, la dette fournisseur d’Eneo atteint 336 milliards de FCFA, soit 48% de la dette globale de l’entreprise estimée à 700 milliards de FCFA.

Pertes de chiffre d’affaires

La décision de Globeleq d’arrêter ses centrales de Dibamba et de Kribi face aux impayés d’Eneo prive le distributeur exclusif de l’énergie électrique au Cameroun d’au moins 180 MW de capacités. « Nous prenons en général 180 MW à Kribi. Dibamba n’est sollicité qu’en fonction du déséquilibre entre l’offre et la demande à certains moments », souffle une source à Eneo. En d’autres termes, le déficit qui se profile à l’horizon du fait de l’inactivité dans les centrales de Kribi et de Dibamba dépasse largement les 30 MW de déficit journalier observé sur le Réseau interconnecté Sud (six régions du pays) en début d’année 2023. Cette situation avait déjà conduit le gouvernement à ordonner le rationnement des industriels, à compter du 8 mars 2023.

Avec une perte de 180 MW de capacités, les rationnements envisagés devraient être beaucoup plus prononcés. Avec pour conséquences des pertes de production et de chiffre d’affaires dans les entreprises. Y compris pour la vingtaine d’entreprises qui utilisent le gaz naturel comme combustible d’appoint dans les zones industrielles de Douala. Et qui, depuis mai 2023, sont engagées, aux côtés du gouvernement, dans un bras de fer avec le fournisseur Gaz du Cameroun (GDC).

Contre l’avis de ses clients, et malgré l’injonction du gouvernement de surseoir à son projet, cette filiale du Britannique Victoria Oil and Gas (VOG) entend relever de 20% ses tarifs. Une augmentation de trop, selon ses clients, après la hausse de 30% des tarifs de l’électricité aux entreprises depuis janvier 2023, le relèvement des prix des produits pétroliers dans le pays dès février 2023, et l’extension au gaz naturel de la taxe spéciale sur les produits pétroliers (70 FCFA par m3 consommé) consacrée par la loi de finances 2023.

Brice R. Mbodiam

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