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Yaoundé - 04 décembre 2022 -
Energie

Électricité : comment l’incendie du poste de Logbaba menace d’embraser le secteur de la métallurgie au Cameroun

Électricité : comment l’incendie du poste de Logbaba menace d’embraser le secteur de la métallurgie au Cameroun

(Investir au Cameroun) - Le 20 septembre 2022, peu avant 18h, un incendie s’est déclaré sur le réseau de transport d’électricité, notamment au poste de transformation de Logbaba à Douala, consumant le transformateur de 50 mégavolts ampère (MTA) approvisionnant en énergie électrique les entreprises installées dans la zone industrielle de Bassa. Les métallurgistes, grands consommateurs de l’électricité (31 MW par mois), qui produisent les matériaux de construction à base de fer ainsi que le petit matériel agricole, sont les plus touchés par cet incident, non résolu 15 jours plus tard. Ceci, en raison de l’inertie gouvernementale, des tensions de trésorerie chez les opérateurs du secteur de l’électricité et des divergences entre Eneo et Sonatrel sur l’option à retenir pour un retour à la normale dans la fourniture de l’électricité dans cette zone névralgique de l’économie camerounaise. Investir au Cameroun a mené l’enquête sur l’impact de cet incendie, qui plombe le secteur de la métallurgie dans le pays, avec des pertes d’exploitation, des suppressions d’emplois, des pénuries et des défauts de paiement auprès des banques en perspective…  

Le 4 octobre 2022, des câbles électriques ont de nouveau brûlé sur la ligne desservant la zone industrielle de Douala, dans la capitale économique camerounaise. De bonnes sources, un incident du même type est survenu le 1er octobre dernier, soit onze jours après l’incendie qui, le 20 septembre 2022, a consumé le transformateur installé par la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel) au poste de transformation de Logbaba, grâce auquel la société Eneo, le concessionnaire du service de distribution de l’électricité dans le pays, alimente les entreprises situées dans la zone industrielle de Bassa.

Cet incendie, dont les conséquences sont sans solutions probantes depuis 15 jours maintenant, a « entraîné l’arrêt de plusieurs usines classées dans la catégorie des clients “Grands comptes” du secteur de l’électricité. Il s’agit d’industriels du secteur de la métallurgie tels que Prometal, Métafrique, les Aciéries du Cameroun, avec des conséquences socio-économiques importantes : des milliers d’emplois menacés et des pertes d’exploitation », annonce l’électricien Eneo dans une note d’information publiée le 4 octobre 2022.

« Cette situation va inévitablement entraîner des défauts de paiement auprès de nos banquiers et autres fournisseurs, puisque sans production nous ne pouvons plus vendre pour rembourser nos crédits et payer les dettes fournisseurs », confie une source proche des opérateurs de la métallurgie.

À en croire la société de production et de distribution de l’électricité, afin de maintenir une activité minimale dans la zone industrielle de Bassa après cet incendie, la centrale thermique à gaz de Logbaba a été mise à contribution. Sauf que, apprend-on de sources autorisées, les capacités actuellement exploitées permettent à peine à cette infrastructure d’injecter mensuellement une dizaine de mégawatts (MW) dans la zone industrielle de Bassa. Ce qui est insignifiant par rapport aux besoins des seuls métallurgistes de la zone, qui sont estimés à 31 MW chaque mois.

Une pénurie du fer à béton en perspective

« Nous ne parvenons plus à produire. Si rien n’est fait dans l’urgence, on s’achemine vers une rupture de l’approvisionnement du marché en fer à béton. Sans compter l’accumulation de nos charges fixes, à l’instar des salaires, dans un contexte de non-production. Cette situation va inévitablement entraîner des défauts de paiement auprès de nos banquiers et autres fournisseurs, puisque sans production nous ne pouvons plus vendre pour rembourser nos crédits et payer les dettes fournisseurs. À la fin, qui va assumer tout cela ? Y aura-t-il des compensations pour les entreprises impactées ? Face à cette situation intenable, certaines entreprises du secteur se préparent d’ailleurs à mettre en chômage technique des milliers d’employés », confie une source proche des opérateurs de la métallurgie. Dès l’incendie sur le poste de transformation de Logbaba, ces industriels ont d’ailleurs, par correspondance, alerté le gouvernement sur les répercussions de cet incident sur leurs activités et sollicité une intervention urgente des pouvoirs publics.

En témoigne cette lettre adressée le 28 septembre 2022 par le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, à son collègue en charge de la gestion du secteur de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba. « Je suis ampliataire de la correspondance adressée le 20 septembre 2022 au ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique par les sociétés de la métallurgie-sidérurgie, dans laquelle elles informent de la rupture brutale de la fourniture de l’énergie électrique, depuis le 20 septembre 2022, dans la zone industrielle de Douala-Bassa, et sollicitent la prise de mesures urgentes, afin d’éviter un arrêt total des activités de production », écrit le ministre Mbarga Atangana.

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Ce même 28 septembre 2022, la société Sefeccam Sarl, un opérateur de la filière bois, a saisi le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Gabriel Dodo Ndoké, pour s’inquiéter « du risque d’arrêt du travail » pour défaut d’énergie. Dans sa lettre au membre du gouvernement, Jean Faustin Ngueyep Njossu, le DG de Sefeccam Sarl, craint que l’incendie survenu au poste de transformation de Logbaba entraîne « l’arrêt de l’usine (…) et la mise en chômage technique des employés ».   

Divergences entre Eneo et Sonatrel sur les options de sortie de crise

Mais, une semaine après les deux correspondances susmentionnées, et surtout 15 jours après l’incendie au poste de Logbaba, c’est le statuquo sur le terrain. Pourtant, apprend-on de bonnes sources, dès le 20 septembre, la Sonatrel, société publique à laquelle incombe la gestion du poste incendié, en raison de la séparation des activités de transport d’électricité (Sonatrel) et de production et de distribution (Eneo), se donnait un délai de 12 jours pour remplacer le transformateur consumé et ainsi rétablir l’approvisionnement normal de la zone industrielle de Bassa. Précisement, il s’agit de changer ce transformateur d’une capacité de 50 mégavolts-ampère (MVA) par un autre de 36 MWA, donc de capacité plus faible.

Cette promesse non tenue est-elle consécutive aux difficultés financières invoquées par la Sonatrel, qui réclame une ardoise d’environ 40 milliards de FCFA à l’électricien Eneo ? Rien n’est moins sûr. Une chose est cependant certaine, cette solution, qui ne garantit pas une fourniture à la hauteur des besoins, n’est pas du goût du distributeur de l’électricité. Car elle « amènerait à faire un placement régulier de la centrale thermique de Logbaba pour une durée moyenne de 16 à 20 heures de temps par jour, entraînant des charges de combustibles supplémentaires d’environ 19 millions de FCFA par jour, afin d’assurer une alimentation continue des ménages et des clients industriels habituellement alimentés par ce poste ».

Le concessionnaire du service public de l’électricité, qui a de nouveau saisi la Sonatrel par écrit le 3 octobre 2022, pour avoir « de la visibilité » sur le programme de remplacement du transformateur sinistré à Logbaba, suggère-t-il le démontage du transformateur de 50 MVA récemment installé au poste de Ngousso, à Yaoundé, pour le transférer à Logbaba.

Ces charges supplémentaires, la filiale du fonds d’investissement britannique Actis, qui réclame à son tour des impayés d’environ 150 milliards de FCFA à l’État et ses démembrements, confesse ne pas être en capacité de les assumer, en raison des tensions de trésorerie. Aussi, le concessionnaire du service public de l’électricité, qui a de nouveau saisi la Sonatrel par écrit le 3 octobre 2022, pour avoir « de la visibilité » sur le programme de remplacement du transformateur sinistré à Logbaba, suggère-t-il le démontage du transformateur de 50 MVA récemment installé au poste de Ngousso, à Yaoundé, pour le transférer à Logbaba. De sorte que l’équipement de 36 MVA annoncé à Logbaba, soit plutôt monté à Ngousso. « La pointe actuelle observée sur le transformateur de Ngousso est de 27,2 MW, et donc ses charges peuvent être alimentées par le transformateur de 36 MVA, qui avait été remplacé et est actuellement apprêté pour le transfert à Logbaba », soutient-on chez Eneo.

Inertie et imprévision

Cette divergence entre la Sonatrel et Eneo, au sujet des options visant à mettre un terme au calvaire que vivent depuis deux semaines les entreprises installées dans la zone industrielle de Bassa, pourrait requérir l’arbitrage de l’État, qui contrôle le capital de la Sonatrel et détient 44% des parts d’Eneo. En effet, apprend-on de sources proches du dossier, une « mission interministérielle » diligentée par le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Gabriel Dodo Ndoké, est attendue à Douala le 10 octobre 2022.

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20 jours après l’incident survenu le 20 septembre dernier, lequel a été immédiatement suivi par des appels au secours des entreprises installées dans la zone industrielle de Bassa, cette mission, apprend-on, va évaluer l’impact de la rupture brutale de la fourniture de l’énergie électrique dans les entreprises. Pour ce faire, la mission descendra dans les installations des métallurgistes Prometal, Métafrique et Aciéries du Cameroun ; puis à Biopharma, le mastodonte des produits cosmétiques made in Cameroon. Une séance de travail dans les locaux de la délégation régionale du ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique pour le Littoral clôturera la mission.

« Effectivement, pour anticiper sur les incidents de ce type, la Sonatrel devrait en permanence avoir des transformateurs en réserve. Ce qui visiblement ne semble pas être le cas, surtout au regard de ce qui s’est passé en décembre 2021 avec des transformateurs achetés en Turquie », analyse un fin connaisseur du secteur de l’électricité.

Mais en attendant, les entreprises continuent de trinquer, et leurs employés menacés d’être mis en chômage technique. « C’est quand même incroyable que des mesures palliatives ne soient pas mises en place par anticipation, pour gérer ce type d’incident », éructe un entrepreneur installé dans la zone sinistrée. « Effectivement, pour anticiper sur les incidents de ce type, la Sonatrel devrait en permanence avoir des transformateurs en réserve. Ce qui visiblement ne semble pas être le cas, surtout au regard de ce qui s’est passé en décembre 2021 avec des transformateurs achetés en Turquie », analyse un fin connaisseur du secteur de l’électricité. En effet, en fin d’année 2021, après avoir vainement tenté de les installer sur divers postes, en prélude à l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) de football par le Cameroun (janvier et février 2022), la Sonatrel a dû renvoyer une dizaine de transformateurs chez le fabricant, officiellement pour défaut de fabrication.

Mais, de sources internes à Eneo, l’anticipation des incidents comme celui qui plombe depuis 15 jours les activités des entreprises dans la zone industrielle de Bassa réside dans la mise en œuvre effective du plan de mise à niveau des réseaux de Douala et de Yaoundé. Ce plan, qui prévoit des investissements aussi bien sur les lignes de transport que de distribution, va permettre, apprend-on, la construction d’une deuxième ligne de secours à côté de chaque ligne de transport et de distribution existante. De manière à pouvoir immédiatement basculer sur les lignes de secours en cas d’incident sur la ligne principale. Ce mécanisme devrait permettre d’assurer la continuité du service public de l’électricité, en dépit des incidents sur les réseaux de transport et de distribution devenus légion dans le pays, avec des conséquences socio-économiques.

Brice R. Mbodiam

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