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Yaoundé - 23 octobre 2020 -
Finance

Commerce international : en 10 ans, le Cameroun aurait perdu 17 600 milliards de FCFA

Commerce international : en 10 ans, le Cameroun aurait perdu 17 600 milliards de FCFA

(Investir au Cameroun) - Les flux financiers, qualifiés d’« illicites » dans le secteur du commerce international, auraient couté au Cameroun la somme brute de 31,5 milliards $ sur la période 2008-2017. Ce chiffre est contenu dans une étude sur les « flux financiers illicites (FFI) en matière de commerce international au Cameroun » publiée, le 30 septembre 2020, par une coalition d’organisations de la société civile locale, conduite par le Centre régional africain pour le développement endogène et communautaire (Cradec).

Au taux de change actuel, cela équivaut à plus de 17 600 milliards de FCFA. C’est près de 2 fois l’encours de la dette du pays et plus de 3,2 fois son budget initial de l’exercice 2020. Les données fournies par le Cradec sont proches de ceux de la Commission des Nations unies pour le commerce et le développement.

Dans son rapport sur « les flux financiers illicites et développement de l’Afrique », publié le 28 septembre 2020, l’institution internationale indique par exemple que 25% des exportations en provenance du Cameroun connaissent des écarts de déclaration. À en croire la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), en 2017, près de 40% de demandes d’importation étaient en réalité des sorties spéculatives de capitaux.   

Méthodologie

 « Notre étude a utilisé des techniques comme celle de l’analyse et la comparaison des données miroirs du commerce international au Cameroun. Il en ressort qu’entre les déclarations des agents de l’import/export du pays et les données statistiques des pays clients ou fournisseurs, les écarts lorsqu’on enlève les frais de transport et d’assurance, ont atteint 12,5 milliards $ sur la période analysée », confie le directeur exécutif du Cradec, Jean Mballa Mballa.

Dans ce rapport, la notion de FFI s’étant à certains flux conforme à la loi, mais qui privent injustement le Cameroun de ressources nécessaires à son développement économique. C’est notamment le cas dans le secteur pétrolier.

« Même si le pays a une économie diversifiée, les exportations de pétrole représentent encore plus de 45% des entrées de devises, importantes pour la création monétaire au sein de l’économie locale. Or, dans les lois pétrolières, il était permis aux sociétés partenaires du Cameroun de recevoir les paiements de leurs parts de pétrole sur des comptes offshores. Cela a privé le pays d’une contrepartie extérieure de 8,6 milliards $, qui auraient permis de créer l’équivalent en CFA et servir le financement de l’économie », explique le directeur exécutif du Cradec.

Dépenses associatives de la SNH 

Le rapport pointe aussi les « dépenses associatives » de la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Elles sont prévues par la loi pétrolière et présentées comme la contribution du Cameroun aux dépenses d’exploration et d’exploitation pétrolière. Mais la manière dont elles sont administrées manque de transparence et de visibilité, ce qui, selon les auteurs de l’étude, fonde la suspicion d’illicéité.

Surtout que le gouvernement accorde, par ailleurs, des exonérations fiscales destinées « à favoriser la prospection et l’investissement dans le secteur pétrolier et gazier ». Rien qu’en 2017, cette dépense fiscale s’est chiffrée à 196,8 milliards de FCFA. Alors que « les engagements de la SNH » se sont situés à 177,8 milliards de FCFA, soit 141,3 milliards de « dépenses associatives » et 36,5 milliards d’« autres engagements ».

En plus du gap de valeurs échangées sur l’import/export (12,5 milliards $) et les « pertes potentielles » dans le secteur pétrolier (13,2 milliards $ au total), le rapport ajoute les « pertes potentielles de 5,8 milliards $ de revenus fiscaux sur les conventions de services signées par les sociétés locales et les filiales ou les entreprises apparentées à l’étranger ». D’où l’estimation de pertes injustes de 31,5 milliards $ pour le Cameroun.  

Pour la réalisation de son étude, le Cradec a bénéficié de l’accompagnement d’Idriss Linge de l’Agence Ecofin. « Nous avons de la matière sur plusieurs thématiques importantes en Afrique. Travailler avec le Cradec était une occasion supplémentaire de mettre ce potentiel au service du débat public au Cameroun. Nous sommes contents de l’accueil positif de notre travail et n’excluons pas de le faire dans d’autres domaines ou sur d’autres pays à l’avenir », a fait savoir le journaliste financier.

Aboudi Ottou

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