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Yaoundé - 09 février 2023 -
Finance

Cemac : comment le marché des titres publics de la Beac et les États plombent l’activité boursière

Cemac : comment le marché des titres publics de la Beac et les États plombent l’activité boursière

(Investir au Cameroun) - Globalement, l’activité boursière dans la zone Cemac (Cameroun, Congo, Gabon, Tchad, RCA et Guinée équatoriale) a connu un léger coup de fouet au cours de l’année 2021. En effet, selon le rapport 2021 de la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (Bvmac), basée à Douala au Cameroun, ce marché financier unifié des six pays de la Cemac a clôturé l’exercice sous revue avec une capitalisation boursière à la hausse, en glissement annuel.

« Au 31 décembre 2021, la capitalisation boursière flottante (valeur financière totale des titres de la société cotée disponibles pour être achetés ou cédés en bourse, NDLR) s’est accrue de 16,89% en passant de 30,970 milliards à fin 2020 à 36,201 milliards de FCFA en 2021. Cette augmentation de capitalisation boursière est due à l’introduction en bourse d’une nouvelle société le 16 juillet 2021 (La Régionale) et la variation à la hausse du cours des actions Socapalm. S’agissant de l’encours des dettes obligataires de la Bvmac, elle a subi une variation de 25,04%, soit un montant de 650,126 milliards de FCFA à fin 2021 venant de 519,937 milliards de FCFA l’année précédente. Cette hausse se justifie par l’admission à la cote de quatre valeurs (…) pour un montant total de 417 FCFA, 392 milliards », peut-on lire dans le rapport.

Mais, en dépit de cette embellie observée sur la place boursière de la capitale économique camerounaise, le résultat obtenu reste bien loin des attentes des autorités communautaires, dans le cadre du plan de dynamisation du marché financier unifié de l’Afrique centrale. Par exemple, les performances réalisées en 2021 sont encore très loin de l’objectif de capitalisation boursière minimum de 1 200 milliards de FCFA sur le compartiment des actions et de 1 000 milliards de FCFA sur le compartiment des obligations, comme prévu dans le plan d’action 2020 de la Bvmac. Et les raisons de cette contre-performance sont bien connues.

Bataille des marchés

« D’une manière générale, la Bvmac a mené ses activités dans un contexte économique marqué par une concurrence exacerbée du marché monétaire orchestré par la Beac, qui a capté l’essentiel des levées de fonds initiées par les souverains (États, NDLR), créant ainsi une dynamique sans précédent du marché des titres publics administré par la BEAC et régi par le système des adjudications des bons et obligations du Trésor assimilables (BTA et OTA) », souligne la Bvmac dans son rapport 2021. À titre d’exemple, selon les données de la BEAC, l’encours des titres émis par les États sur le marché de la Beac a progressé de 41,7% entre janvier 2021 et janvier 2022.

En effet, suivant un mouvement impulsé par le Cameroun depuis l’année 2019, les autres pays de la Cemac, notamment le Congo et le Gabon, se sont progressivement recentrés sur le marché des titres publics de la Beac pour leurs emprunts de longs termes (OTA), au détriment de la Bvmac. Même si le Trésor public camerounais est retourné sur le marché financier en cette année 2022, pour son 6e emprunt obligataire, le pays devrait dans les prochains jours lancer un nouveau programme de mobilisation des financements de longs termes sur le marché de la Beac. Ce programme fait suite à la récente habilitation du ministre des Finances par le président de la République, pour lever 200 milliards de FCFA au plus par émissions de titres publics, dans le but de financer les projets d’investissements publics en 2022.

Pour expliquer cette préférence des États pour le marché monétaire, au détriment du marché financier, les experts et les acteurs du marché des capitaux invoquent plusieurs raisons : la compétitivité des coûts, la flexibilité et la simple orthodoxie. « L’État (du Cameroun) s’est recentré sur le marché monétaire de la Beac, qui est le marché traditionnel des Trésors publics et des banques, pour émettre des OTA dont la durée moyenne du prêt est plus longue que les emprunts obligataires. Les OTA offrent un délai de grâce plus long à l’État, dans la mesure où le principal n’est remboursé qu’au terme de sa maturité, contrairement aux emprunts obligataires dont le remboursement intervient généralement par quart, à partir de la 2e année », explique par exemple Samuel Tela, le directeur de la trésorerie à la direction générale du Trésor du ministère des Finances.

Non-respect des engagements

Par ailleurs, ce dernier précise que sur le marché monétaire, la mise en branle d’une opération est beaucoup moins contraignante en termes de délais d’exécution. « Dans un délai maximal de 45 jours, toutes les actions incitatives, de sensibilisation, de communication et de souscription pourront être accomplies, contrairement à l’emprunt obligataire qui prend en moyenne 6 à 8 mois pour aboutir », corrobore une note interne du ministère des Finances à laquelle Investir au Cameroun a pu avoir accès.

Cependant, dans cette bataille des marchés, l’argument du coût des opérations est certainement le plus prégnant. En effet, selon les acteurs et les experts financiers, contrairement aux emprunts obligataires jugés plus coûteux, les émissions d’OTA sur le marché des titres publics de la Beac font généralement économiser au Trésor public environ 2% du montant total des souscriptions. Par exemple, sur son programme d’émissions d’OTA pour 220 milliards de FCFA sur le marché de la Beac en 2020, le Trésor camerounais annonçait une économie globale de 4,4 milliards de FCFA.

Au demeurant, en plus de l’attrait que le marché des titres publics de la Beac exerce sur les pays de la Cemac, l’atonie du marché financier sous-régional s’explique aussi par le non-respect des engagements pris par les États pour dynamiser la place boursière de Douala. « Nous signalons également que dans le cadre de la mise en œuvre du Règlement Cemac sur les introductions en bourse, à fin 2021, seuls trois États sur six avaient déjà remis des listes regroupant 10 sociétés », souligne la Bvmac dans son rapport. Parmi les pays qui se hâtent lentement à fournir la liste des entreprises publiques à introduire en bourse, l’on retrouve la RCA, le Tchad et surtout le Cameroun, locomotive économique de la Cemac à laquelle plusieurs rapports officiels attribuent 40% du tissu économique de cet espace communautaire.

Brice R. Mbodiam

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