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Yaoundé - 04 décembre 2022 -
Finance

Lutte contre l’inflation : les limites des décisions de la Beac

Lutte contre l’inflation : les limites des décisions de la Beac

(Investir au Cameroun) - Pour lutter contre l’inflation, la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), l’institut d’émission commun aux six États de la Cemac (Cameroun, Congo, Gabon, Tchad, RCA et Guinée équatoriale), a pris l’option de limiter le financement de l’économie. C’est ce qui ressort notamment des décisions prises au cours de la 3e session de son Comité de politique monétaire (CPM) de l’année 2022, tenue ce 26 septembre 2022 à Yaoundé au Cameroun. La banque centrale a une nouvelle fois revu à la hausse deux de ses principaux taux directeurs. Ainsi, le Tiao, son principal taux de refinancement est passé de 4% à 4,5% et son taux de la facilité de prêt marginal qui est prévu pour des emprunts bancaires de moins de 24 heures est passé de 6,25% à 6,75%.

Cette orientation résiste très peu à la critique au regard des propres données la Beac et d’autres analyses consultées par Investir au Cameroun. L’institution que dirige Abbas Mahamat Tolly (photo) part d’une hypothèse inchangée depuis des décennies : l’inflation (hausse généralisée des prix sur le marché) entraine une hausse des besoins financiers pouvant entrainer plus de création monétaire (via notamment le crédit) et donc plus d’argent en circulation que de contrepartie disponible en termes de réserves de change.

Cette logique est propre aux accords de coopération monétaire signés avec la zone euro (à travers la France) depuis le traité de Maastricht. Mais elle ne tient pas au regard des ressorts de l’inflation actuelle. D’ailleurs, interrogé sur la pertinence de l’augmentation des taux directeurs pour contrer l’inflation, Abbas Mahamat Tolly a laissé entendre que la Beac actionnait les seuls outils en sa possession.

En fait, comme c’est le cas actuellement dans beaucoup de pays africains, la hausse des prix n’est pas le fait d’une plus grande circulation de la monnaie. Elle est le fait de facteurs exogènes comme les conséquences de l’après-Covid-19 et la crise russo-ukrainienne, qui sur le court terme, a conduit à une hausse des prix de l’énergie au niveau mondial et à une baisse des stocks de céréales et des engrais. Cette réalité, couplée à l’explosion des prix des matières premières et du fret maritime, a réduit les quantités d’aliments disponibles.

 De ce point de vue, limiter la capacité des banques commerciales à injecter de la monnaie au sein des économies est contreproductive. Car, il y a actuellement un besoin impérieux de financer les investissements sur le patrimoine de production, qui aidera la Cemac à ne plus dépendre des marchés intérieurs. 

Une décision plus sévère que dans l’Uemoa, où le risque est plus élevé

Par ailleurs, l’augmentation des prix de l’énergie (les pays étant principalement producteurs de gaz et de pétrole) et les appuis divers des institutions multilatérales ont eu un effet bénéfique sur les réserves de change de la sous-région. À fin août 2022, les devises de la Cemac ont augmenté de 1 367 milliards de FCFA, selon la Beac. Elles étaient à 5 980 milliards de FCFA à la même période en 2021.

La banque centrale note aussi que ces réserves ont progressé plus rapidement (+78%) que la masse monétaire interne (+15%), et que le taux de couverture de la monnaie se rapproche des 83% (contre environ 64% précédemment), tandis que la couverture des importations par les réserves de change se rapproche des 4 mois. De ce point de vue, on comprend le risque de déséquilibre qui existerait sur la monnaie.

Enfin, dans la sous-région jumelle de l’Uemoa, où le niveau d’inflation a atteint les 8,5%, largement au-dessus du pic envisagé par la Beac en 2023 (5,7%), et où le risque d’un besoin plus grand de la masse monétaire existe en raison d’une population trois fois plus grande, la banque centrale (Bceao) maintient ses principaux taux directeurs à 2,5% pour le Tiao et à 4,5% pour le guichet de prêt marginal.

Idriss Linge

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