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Yaoundé - 27 février 2024 -
Gestion publique

Huiles végétales : le « vrac », produit dangereux pour la santé, résiste à l’interdiction du gouvernement au Cameroun

Huiles végétales : le « vrac », produit dangereux pour la santé, résiste à l’interdiction du gouvernement au Cameroun

(Investir au Cameroun) - Au cours de contrôles effectués dans des marchés de Yaoundé fin janvier 2024, la brigade nationale de contrôle et de répression des fraudes du ministère du Commerce a apposé des scellés sur au moins deux boutiques, pour vente des huiles raffinées en « vrac ». Avant ces évènements récents, souffle une source interne à ce département ministériel, la même brigade avait déjà procédé à la saisie d’un camion transportant 30 000 litres d’huile raffinée en « vrac », produit émanant d’une raffinerie industrielle bien connue du fichier des opérateurs de la filière huile de palme au Cameroun.

Les résultats récents, enregistrés dans la croisade que mène le ministère du Commerce depuis septembre 2023 contre la production et la commercialisation des huiles raffinées en « vrac », confirment la dénonciation que vient de faire au gouvernement l’Association des raffineurs des oléagineux du Cameroun (Asroc). En effet, des sources autorisées au ministère du Commerce révèlent la réception, ces derniers jours, d’une correspondance de cette association corporatiste, dénonçant la poursuite de la vente des huiles raffinées en « vrac » dans les marchés du pays, malgré l’interdiction par le gouvernement de ce produit réputé dangereux pour la santé des consommateurs.

« Dans le contexte actuel de manipulation des aliments, synonyme de mise en danger de la vie des consommateurs, des instructions fermes ont été données par la haute hiérarchie, en vue du strict respect par tous les acteurs, des règles en matière de sécurité sanitaire des aliments, de manière globale, et des textes applicables à chaque filière, de manière spécifique ; au risque pour les contrevenants de s’exposer aux mesures répressives prévues par les lois et règlements en vigueur. Dans le cas spécifique de votre filière, se trouve particulièrement visée la question des huiles vrac, dont la commercialisation, parce que porteuse de risques graves pour la santé des consommateurs, est interdite. J’ai l’honneur d’appeler votre meilleure attention sur cette disposition et de vous inviter à bien vouloir vous y conformer, étant rappelé que les agents assermentés des différents départements ministériels et organismes intéressés seront incessamment déployés sur le terrain auxdites fins », peut-on lire dans une lettre adressée aux promoteurs des industries de transformation de l’huile de palme par le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, le 19 septembre 2023.

Cette correspondance du ministre Mbarga Atangana était suivie, le 26 septembre 2023, d’un communiqué du directeur général de l’Agence des normes et de la qualité (Anor), à l’attention des promoteurs des industries de transformation de l’huile de palme. « (…) La prolifération sur le marché des huiles en vrac, le non-respect des normes en vigueur dans le secteur (enrichissement des produits à la vitamine A, étiquetage des emballages qui doivent être translucides, etc., NDLR), ainsi que la difficile traçabilité des productions écoulées sur le marché camerounais, exposent les consommateurs à des risques sanitaires graves », indiquait Charles Booto à Ngon dans son communiqué. Il invitait de ce fait les promoteurs des raffineries à « bien vouloir se rapprocher sans délai de l’Anor, en vue de faire certifier leurs produits ».

Un business lucratif pour les producteurs

Cependant, loin de se conformer aux prescriptions du gouvernement, certains opérateurs de la filière huile de palme entretenant les circuits du « vrac », pris en tenaille par les contrôleurs du ministère du Commerce, tentent désormais d’obtenir un rétropédalage du gouvernement, souffle une source proche du dossier. Par le biais de manœuvres diverses auprès de certaines autorités publiques, apprend-on, ces derniers espèrent pouvoir obtenir le retour de la tolérance administrative autour du commerce du « vrac ». Au motif que, dans un contexte d’inflation généralisée dans les marchés, ce produit pourtant réputé dangereux permet de lutter contre la vie chère, en raison de son prix accessible à toutes les bourses.

À la vérité, en dehors de l’argument du prix de ce produit, que l’on retrouve effectivement dans les marchés dans des flacons dont on ne peut préjuger de la propreté, à des prix de 200, 300, 500, 1 000 FCFA, le « vrac » est un business très lucratif pour ses producteurs. Au détriment de la santé des consommateurs. « Vous avez l’huile en “vrac” qui provient des grandes raffineries. Il peut s’agir du surplus de production, lorsque les cuves de stockage des raffineries sont déjà pleines. Ce surplus est alors écoulé sous forme de “vrac”. Il peut aussi s’agir d’un choix délibéré de la raffinerie industrielle d’écouler une partie de sa production sous forme de “vrac”. En effet, avec ce produit, on élimine les coûts de l’emballage et de l’étiquetage, puis la TVA (taxe sur la valeur ajoutée), puisque cette huile n’est généralement pas déclarée et est écoulée dans des circuits informels. Tout ceci fait de cette huile un produit très bon marché, qui permet non seulement de faire d’importantes économies sur les coûts de production, mais aussi d’écouler rapidement ses cargaisons pour avoir du cash », explique un fin connaisseur de la filière.

Et ce dernier de poursuivre : « Le “vrac” provient aussi de petites raffineries sous-équipées, qui ne peuvent pas raffiner l’huile de palme de façon optimale. Il en sort donc une huile minimalement raffinée, souvent dans des conditions d’hygiène douteuses, et contenant encore des impuretés. Ce produit non traçable est généralement mis sur le marché dans des emballages (fûts, bidons, etc.) de fortune, non étiquetés. Il n’est pas exclu que certains de ces emballages aient auparavant contenu des produits chimiques, avant d’être utilisés comme conditionnement pour l’huile en “vrac”. Ce qui constitue un risque grave pour le consommateur ».

Brice R. Mbodiam 

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