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Yaoundé - 05 décembre 2020 -
Gestion publique

Alkis Bruno Domyou Noubi : « nous souhaitons que les équipements électroménagers made in Cameroon puissent conquérir l’Afrique »

Alkis Bruno Domyou Noubi : « nous souhaitons que les équipements électroménagers made in Cameroon puissent conquérir l’Afrique »

À (Investir au Cameroun) - 45 ans, cet opérateur économique camerounais est à la tête de Noubru Holding, un groupe qui compte une quinzaine d’entreprises opérant dans divers secteurs d’activités. Il vient de signer avec le Port autonome de Kribi (PAK), une convention d’attribution d’un site de 20 hectares pour construire une unité de production de produits électroménagers dans la zone industrielle du port en eau profonde de Kribi. Coût de l’investissement : 45 milliards de FCFA.

Investir au Cameroun: Sicamec, entreprise camerounaise dont vous êtes le PDG, est porteuse d’un projet de construction d’une usine de production et de montage d’équipements électroménagers (congélateurs, réfrigérateurs et climatiseurs) dans la zone industrielle du port de Kribi, dans la région du Sud du pays. Comment est né ce projet ?

Alkis Bruno Domyou Noubi: Il s’agit simplement de la relance d’une usine qui a existé du début des années 80 jusqu’au début des années 90. L’entreprise avait dû arrêter ses activités à cause de plusieurs facteurs défavorables. Il s’agit notamment de la crise économique qu’a connue le pays, de la dévaluation du franc CFA, de la réduction des salaires des agents publics et du type de financement qui avait été contracté à l’époque. Tels sont les facteurs qui ont conduit à l’arrêt des activités de Sicamec en 1995. Aujourd’hui, nous pensons que les conditions sont favorables pour que nous puissions relancer ce projet.

IC: Concrètement, en quoi consiste le projet pour lequel vous venez de signer une convention d’établissement dans la zone industrielle du port en eau profonde de Kribi ?

ABDN: Ce projet consiste en la production au Cameroun des appareils électroménagers et au montage des climatiseurs. En termes de capacité de production, nous tablons sur une capacité de 15 000 unités par mois, dont 10 000 réfrigérateurs et congélateurs, contre 5 000 climatiseurs.

IC: Depuis fin 2015, la zone Cemac et le Cameroun vivent une conjoncture économique bien difficile, laquelle est susceptible de décourager les investisseurs. Qu’est-ce qui vous motive à avancer sur un projet d’une telle envergure, en dépit d’un contexte économique plutôt défavorable à première vue ?

ABDN: En dépit du contexte que vous décrivez, les populations camerounaises continuent de migrer vers les villes, ce qui induit un changement des modes de vie. Et vivre dans les villes aujourd’hui signifie avoir un minimum pour la conservation des aliments et autres produits périssables. Dans le même temps, dans les bureaux et même les domiciles, le climatiseur est entré dans les habitudes. Au regard de tout ce qui précède, nous pensons que malgré le contexte conjoncturellement morose, la demande continuera à croître dans le secteur de l’électroménager au Cameroun.

IC: En dehors du Cameroun, quels sont les autres marchés visés par Sicamec dans le cadre de ce projet de production d’équipements électroménagers à Kribi ?

ABDN: Nous pensons à partir du Cameroun pouvoir satisfaire les besoins en équipements électroménagers dans la zone Cemac. Dans le cadre du développement de notre activité, nous visons également le marché de la République démocratique du Congo (RDC) et le Nigeria un peu plus tard. Nous souhaitons que les équipements électroménagers made in Cameroon puissent conquérir l’Afrique.

IC: Au cours de la signature de la convention d’établissement avec le Port autonome de Kribi, vous avez déclaré que ce projet ne peut être réalisé et ne saurait être compétitif que grâce au soutien déterminant de l’État. Qu’attendez-vous concrètement des pouvoirs publics ?

ABDN: Le premier appui que nous attendons des pouvoirs publics est de garantir une concurrence saine sur le marché. C’est-à-dire limiter ou alors réguler l’entrée sur le marché des produits de seconde main, qui sont des produits importés alors qu’ils ne respectent pas toujours les normes, pourtant les équipements que nous allons produire seront normés.

En ce qui concerne les produits neufs importés, nous n’avons aucune crainte. Nous pensons être bien outillés pour trouver notre place sur le marché des équipements électroménagers et des climatiseurs. Bref, ce qui paraît être une menace pour nous ce sont les produits de seconde main (brocante, NDLR).

IC: Les produits électroménagers de seconde main abondent sur le marché parce que le pouvoir d’achat des Camerounais est faible. Est-ce que votre politique des prix permettra de rendre vos produits accessibles à ces populations ?

ABDN: Si les avantages fiscalo-douaniers que nous avons sollicités auprès des pouvoirs publics nous sont accordés, nous pensons que nous pouvons pratiquer des prix aussi compétitifs que ceux des produits de seconde main, qui représentent actuellement 65 % du marché local.

IC: À quand le démarrage des travaux de construction de l’usine à Kribi et à quel moment pourra-t-elle être mise en service ?

ABDN: Nous sommes actuellement à la phase de déforestation et de terrassement sur le site de 20 hectares qui a été mis à notre disposition dans la zone industrielle du port en eau profonde de Kribi. Nous pensons que cette phase va s’achever dans les prochains mois. Nous pensons pouvoir démarrer les travaux de construction proprement dits au début de l’année 2020, pour une mise en service de l’usine 24 mois plus tard.

IC: Grâce à son usine, Sicamec va s’attaquer à un marché sur lequel l’on trouve déjà de grands groupes industriels internationaux. Quels principaux leviers comptez-vous actionner pour pénétrer ce marché qui pèse environ 15 milliards de FCFA ?

ABDN: Par le passé, le Cameroun a eu trois unités industrielles dans le secteur des équipements électroménagers. Avant que Sicamec ne ferme en 1995, l’entreprise était déjà numéro un dans le pays. Donc, nous sommes habitués à la concurrence. Aujourd’hui, l’environnement est bien différent. En dehors de Sicamec, il n’y a pas d’autres producteurs locaux d’équipements électroménagers.

IC: Au Cameroun, il y a comme un rejet des produits locaux généralement accusés d’être de mauvaise qualité par rapport aux produits importés. Qu’est-ce qui garantira la qualité des produits Sicamec par rapport à ceux qui existent actuellement sur le marché ?

ABDN: Effectivement, certains opérateurs locaux importent ou produisent des biens de qualité moyenne depuis un certain temps. Mais chez Sicamec, même par le passé, nous avons toujours mis un accent sur la qualité de nos produits. De nos jours, nos produits des années 90 sont encore recherchés sur le marché camerounais. Dans le cadre du projet actuel, notre usine et nos produits seront d’ailleurs certifiés ISO.

IC: Le coût de l’usine que vous comptez construire à Kribi est estimé à 45 milliards de FCFA. Où en êtes-vous avec le processus de recherche des financements ?

ABDN: Le financement de ce projet va se faire essentiellement au moyen de crédits fournisseurs, ainsi que des emprunts sur le marché financier sous-régional et forcément auprès des banques commerciales. Nous avons également des partenaires financiers à l’international.

IC: Cela signifie-t-il qu’on peut s’attendre à une levée de fonds à la bourse unifiée de l’Afrique centrale, à Douala ?

ABDN: Non. Vous savez que pour aller à la bourse il faut non seulement exister, mais également avoir de bonnes performances sur au moins 5 ans, ce qui n’est pas encore notre cas. Nous pourrons y aller un peu plus tard, mais pas à cette phase d’investissement.

IC: Quelles sont les implications économiques de ce projet, notamment en termes de création d’emplois, de paiement d’impôts et taxes, etc. ?

ABDN: Si nous avons le soutien que nous sollicitons des pouvoirs publics et que le marché est régulé, nous pensons pouvoir créer au moins 1000 emplois directs, en faisant tourner l’usine 24 heures sur 24. Par ailleurs, en produisant localement les réfrigérateurs et les congélateurs, le coût de la matière première importée équivaut pratiquement au tiers du produit fini. Donc, on pourra réaliser des économies représentant 2/3 de ce qui est payé aujourd’hui pour un congélateur ou réfrigérateur importé. Ce qui aura un impact important sur la réduction du déficit de la balance commerciale du pays.

En ce qui concerne les climatiseurs, pour lesquels nous avons opté plus pour le montage que la fabrication, le coût représentera environ 60 % du coût d’un produit du même type monté par exemple en Chine. Donc, nous aurons environ 40 % de valeur ajoutée locale en ce qui concerne les climatiseurs. Pour les réfrigérateurs, 60 % de la valeur ajoutée se fera localement.

En matière de recettes douanières, il n’y aura pas trop d’impact. En revanche, sur les recettes fiscales, l’impact sera beaucoup plus important. Car, créer de la valeur ajoutée veut dire payer plus d’impôts divers (TVA, impôt sur le revenu, etc.)

IC: Dans le cadre de ce projet, vous avez parcouru le circuit administratif d’un porteur de projet d’investissement, qui est réputé difficile selon de nombreux opérateurs économiques. Partagez-vous cet avis ?

ABDN: Franchement, jusqu’ici nous avons eu le soutien total du ministère de l’Industrie. Nous avons également le soutien de l’autorité en charge de la gestion du port de Kribi avec laquelle nous avons signé une convention d’occupation de la zone industrielle. Donc, jusqu’à présent, nous sommes très satisfaits de la collaboration avec l’administration.

Entretien avec Brice R. Mbodiam

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