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Yaoundé - 20 octobre 2020 -
Mines

James Durrant : « Les réserves de Minim Martap sont exceptionnellement de haute teneur, peut-être la meilleure bauxite au monde »

James Durrant : « Les réserves de Minim Martap sont exceptionnellement de haute teneur, peut-être la meilleure bauxite au monde »

(Investir au Cameroun) - Le chef du projet d’exploration et d’exploitation du gisement de bauxite de Minim Martap et Ngaoundal, qui pourrait permettre au Cameroun de devenir le leader mondial de la production de ce minerai, a récemment séjourné dans le pays. À l’occasion, Investir au Cameroun l’a rencontré. Il dévoile les contours de ce projet.

Investir au Cameroun : Depuis le 11 juillet 2018, le gouvernement camerounais a délivré à la société Camalco, filiale de la junior-minière australienne Canyon Resources, trois licences d’exploration sur les gisements de bauxite de Minim Martap et de Ngaoundal. Qu’est-ce qui justifie une nouvelle fois votre présence sur ces sites en ce mois de février 2020 ?

James Durrant : Camalco a obtenu ses permis de recherche pour bauxite et substances connexes en juillet 2018 pour une durée de 3 ans non renouvelables. Ces permis d’exploration détaillaient un cahier de charge à mettre en œuvre pour arriver au stade de l’ingénierie. En 2019, Camalco a réalisé une mise à niveau des ressources de très grande envergure et de grande qualité sur le projet. Cela a été réalisé au cours de la première année, grâce à la qualité du travail effectué par l’équipe technique locale camerounaise de Camalco sur le site du projet.

Immédiatement après la mise à niveau des ressources, l’équipe de Camalco a commencé la phase de conception et de développement technique du projet Minim Martap. Parallèlement au développement des solutions liées à l’ingénierie à mettre en place, nous continuons d’accroître notre compréhension de la ressource grâce à des programmes de forage et d’enquêtes supplémentaires. Grâce à ce travail, nous pouvons certifier que le minerai présent à Minim Martap est une bauxite de classe mondiale.

Parallèlement à tout cela, nous avons commencé les évaluations environnementales et sociales, connues sous le nom d’études ESIA. Il s’agit d’un élément clé qui vise d’abord à comprendre les conditions sociales et environnementales de base, puis intègre les conceptions et les mesures de gestion dans la planification du projet, afin de minimiser les effets négatifs et de maximiser les avantages du projet pour la population locale et pour la région de l’Adamaoua.

Les activités d’ingénierie, de définition des ressources et d’ESIA sont non seulement essentielles au développement harmonieux du projet, mais sont des obligations en vertu des lois camerounaises et du droit international. Camalco s’engage ainsi à développer le projet Minim Martap d’une manière durable, conforme à toutes les lois et obligations, mais qui offre également des possibilités de développement pour les communautés locales.

IC : Le 17 septembre 2018, dans la localité de Minim Martap, Camalco a procédé au lancement de ce qu’on a appelé « la dernière phase de recherche » sur le projet Minim Martap et Ngaoundal. Concrètement, en quoi consiste cette dernière phase ?

JD : La dernière phase de recherche fait référence à la dernière étape du forage et des études, qui permettront à Camalco de commencer la construction du projet Minim Martap. En fait, le précédent acquéreur avait déjà démontré la présence de bauxite à travers des campagnes de sondages. Toutefois, leurs résultats étaient bien loin du niveau requis selon les standards mondiaux pour justifier le développement de cette mine.

Comme pour tous les projets miniers, ce sont les ressources dans le sol qui comptent, mais il est également essentiel de concevoir des solutions qui permettent à la bauxite d’être extraite et traitée au Cameroun, puis exportée d’une manière rentable et durable, qui assurera que le projet Minim Martap fonctionne pendant de nombreuses décennies à l’avenir.  

IC : Les permis qui vous ont été délivrés par le gouvernement camerounais ont une durée de 3 ans non renouvelables. Cela fait un peu plus d’un an que vous êtes sur le site. Quels sont les premiers résultats de vos travaux d’exploration ?

JD : Camalco a fait une mise à niveau des ressources conformément aux standards internationalement reconnus à la mi-2019, c’est-à-dire seulement un an après avoir obtenu le permis d’exploration. C’est incroyablement rapide et nous devons remercier nos employés, les collectivités et le gouvernement pour leur soutien, en nous permettant de faire progresser le projet et d’obtenir ces résultats. Les résultats ont été très positifs.

En effet, au début de la campagne d’exploration effectuée par Camalco, sur les trois permis de Minim-Martap, Makan et Ngaoundal, seulement 11 plateaux avaient été découverts et explorés par le précédent détenteur des permis. Nous avons découvert 68 nouveaux plateaux, donc au total nous avons à ce jour 79 plateaux pour ces trois permis. Auparavant, après les travaux effectués par nos prédécesseurs, le potentiel du gisement était estimé à 550 millions de tonnes, réserve qui aujourd’hui, grâce à nos travaux, est passée à 892 millions de tonnes, et ce juste sur 16 plateaux explorés. À ce jour, il reste donc environ 63 plateaux à explorer.

Maintenant que la ressource est connue, les phases d’ingénierie, d’exploitation minière, d’environnement et de société sont prioritaires. En règle générale, l’ingénierie comprend une série d’évaluations détaillées, y compris de l’exploitation minière à l’expédition, du nombre de trains au nombre de personnes, des systèmes d’exploitation aux systèmes de soutien environnemental. Il s’agit d’un programme de travail très important sur lequel toute l’équipe se concentre actuellement.

IC : Quels types de difficultés rencontrez-vous jusqu’ici ?

JD : Les réserves découvertes et analysées sur le projet Minim Martap sont exceptionnellement de haute teneur, peut-être la meilleure bauxite au monde à ce jour. Le gisement, cependant, est situé très loin de la mer. Il est donc essentiel que nous travaillions à trouver une meilleure solution logistique avec Camrail et le gouvernement. Le chemin de fer reste le principal problème à résoudre.

L’équipe de Camalco a donc recruté à cet effet un large éventail d’experts internationaux pour aider à élaborer les solutions opérationnelles efficientes. Celles-ci seront présentées aux acteurs du secteur ferroviaire dans un proche avenir.

Néanmoins, sur la base de nos travaux détaillés achevés à ce jour, nous sommes très confiants que nous aurons une solution réussie pour le transport et la raffinerie de la bauxite.

IC : Avant votre arrivée, et après plusieurs années d’exploration et de négociations, le consortium américano-indo-émirati, Cameroon Alumina (CAL), n’a pas pu conclure une convention d’investissement sur ce projet minier avec l’État du Cameroun. Quels sont les scénarios possibles au terme de votre contrat de 3 ans avec l’État du Cameroun ? 

JD : La phase d’ingénierie et d’études en cours est conçue pour finaliser les détails opérationnels du projet. À partir des résultats de ces études, Camalco sera en mesure de finaliser un accord d’investissement avec l’État du Cameroun.

L’accord d’investissement est décrit en présentant un rapport d’ingénierie appelé l’étude de faisabilité bancable (BFS). Le BFS doit montrer les principaux résultats des études conformes aux lois camerounaises et aux conventions minières internationales. L’un des principaux objectifs de ces études, en plus de prouver la viabilité commerciale à long terme du projet, est l’impact positif que le projet apportera à toutes les couches de la société camerounaise par le biais d’investissements, de possibilités d’emplois qualifiés, de chemins de fer et du corridor de transport, ainsi que les recettes à l’État.

IC : 60 ans après son indépendance, le Cameroun, qui bénéficie pourtant d’un important potentiel minier, attend toujours la construction de sa première mine industrielle, malgré l’affluence des juniors-minières comme la vôtre. En quoi êtes-vous différents de ceux qui sont passés avant vous, ont miroité beaucoup d’opportunités au gouvernement et aux populations, puis s’en sont finalement allés sans rien faire de concret ?

JD : L’industrie minière est une entreprise très difficile. Il s’agit de très grosses sommes d’argent, de longues périodes et d’un paysage d’investissement concurrentiel et politique en constante évolution.

Camalco aborde le développement du projet Minim Martap dans le cadre d’un processus de développement échelonné, afin de s’assurer que nous pouvons commencer nos opérations dans les plus brefs délais et augmenter l’échelle du projet au fil du temps.

Nous, comme le peuple camerounais, sommes anxieux et concentrés sur la mise en œuvre du projet le plus rapidement possible, puis sur le maintien de l’activité pendant de nombreuses décennies à l’avenir.

IC : Sur la base de plusieurs exemples en Afrique et au Cameroun, les juniors-minières sont de plus en plus accusées de solliciter des licences minières, pour davantage faire de la spéculation sur les places boursières internationales et non parce qu’elles sont vraiment mues par une ambition d’investissement. Qu’en pensez-vous ?

 

JD : Nous sommes très confiants que Camalco a démontré par son travail réalisé sur les projets Minim Martap et Ngaoundal, au cours des 18 derniers mois, que nous ne spéculons pas sur le projet. Nous construisons tout un projet minier bauxitique au Cameroun.

Camalco s’est concentré sur l’emploi et l’offre d’opportunités à des professionnels miniers camerounais qualifiés et talentueux et nous allons construire un projet à long terme et couronné de succès dans ce pays.

Les juniors-minières ont parfois, à juste titre, reçu une mauvaise réputation dans toute l’Afrique. Camalco demanderait à être jugé par ses actions au cours des 18 derniers mois, le soutien et l’engagement de l’équipe camerounaise basée près du village de Bobodj ainsi que de toutes les communautés installées tout autour de nos sites d’opération dans l’Adamaoua.

IC : Chez Canyon Resources, on parle beaucoup plus ces deux dernières années du projet Minim Martap et Ngaoundal, mais très peu des licences Birsok et Mandoum, que vous détenez à 100% depuis le départ d’Altus Strategies en octobre 2018. Quels sont vos projets sur ces deux autres gisements de bauxite ?

JD : Les gisements de bauxite de Birsok et Mandoum sont des gisements mineurs de bauxite situés à proximité du grand gisement Minim Martap. Le facteur limitant dans la région est la capacité de l’infrastructure ferroviaire. Les gisements de Birsok et Mandoum seuls ne peuvent pas justifier tant d’investissements sur les infrastructures. 

Camalco prévoit d’intégrer le gisement Birsok dans le plan minier à long terme du projet, et améliorer la capacité de la ligne de chemin de fer en travaillant avec les parties prenantes du secteur ferroviaire sur les mises à niveau par étapes au fil du temps.

IC : En dehors des gisements de bauxite susmentionnés, qui sont tous situés dans la région de l’Adamaoua, le Cameroun dispose d’un autre à Fongo Tongo, dans l’ouest du pays. Est-il également d’un certain intérêt pour Canyon Resources ?

JD : Pour le moment, au Cameroun, Camalco se concentre à 100% sur le développement des gisements Minim Martap et Ngaoundal.

IC : Pour finir, qu’est-ce qui fait tant courir Canyon Resources pour la bauxite camerounaise ?

JD : Minim Martap et Ngaoundal mis ensemble sont un gisement de bauxite de classe mondiale, et le monde est actuellement à la recherche de bauxite de haute qualité pour soutenir les industries en pleine croissance de l’alumine et de l’aluminium.

Nous sommes en concurrence avec des gisements de bauxite de haute qualité similaires en Guinée Conakry, mais Camalco est très confiant grâce à la très haute qualité de la bauxite de Minim Martap et Ngaoundal et au travail acharné de toute notre équipe. Nous allons livrer une exploitation minière réussie et à long terme de même qu’un projet industriel pour le Cameroun et toutes les parties prenantes du projet.

Camalco croit en la qualité du projet Minim Martap, aux compétences de notre équipe au Cameroun, aux exigences fondamentales à long terme de l’industrie mondiale de l’aluminium et à la capacité du Cameroun et de Camalco à faire du projet un succès.

Entretien avec Brice R. Mbodiam, à Minim Martap

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