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Yaoundé - 24 septembre 2022 -
Mines

Le Chinois Sinosteel décroche le tout premier permis d’exploitation du minerai de fer au Cameroun

Le Chinois Sinosteel décroche le tout premier permis d’exploitation du minerai de fer au Cameroun

(Investir au Cameroun) - Le chef de l’État, Paul Biya, a signé le 1er juillet 2022 le décret portant attribution à la société Sinosteel Cam SA, le permis d’exploitation du gisement de fer de Lobé à Kribi, dans la région du Sud du Cameroun. Cette filiale du géant minier chinois Sinosteel Corporation devient ainsi le tout premier opérateur minier à décrocher un permis d’exploitation du minerai de fer dans le pays.

Le président Biya ouvre ainsi la voie à l’opérationnalisation de ce qui pourrait bien devenir le tout premier projet minier industriel au Cameroun (depuis 2003, il existe un permis d’exploitation sur le gisement de Nickel-Cobalt de Lomié, mais les travaux d’exploitation n’ont jamais débuté, NDLR), moins de deux mois seulement après la signature, le 6 mai 2022, de la convention minière sur ce projet, entre le gouvernement camerounais et l’opérateur minier chinois.

Négociée pendant près de 7 ans, c’est-à-dire entre le 18 novembre 2015 et le 6 mai 2022, la signature de cette convention minière avait suscité une vive polémique dans le pays. Les retombées du projet pour le Cameroun avaient notamment été jugées infimes et de nombreuses analyses avaient fleuri, accusant le gouvernement d’avoir bradé le gisement de fer de Lobé à Kribi au Chinois Sinosteel.

« Sur la base de la loi qui indique que le permis d’exploitation doit être attribué dès lors que la convention est signée, mais surtout sur la base de la vérité, le président de la République a signé le permis, malgré la polémique. Nous sommes actuellement dans la phase qui consiste à entrer en jouissance du permis, qui couvre une superficie de 138 km2», souffle une source proche du dossier. Il faut cependant dire que le décret attribuant le permis d’exploitation à Sinosteel n’a jusqu’ici pas été rendu public comme c’est de coutume avec les autres décrets.

22,9 milliards de FCFA de revenus annuels pour l’État

À en croire la même source, cette phase d’entrée en jouissance consiste en des actions telles que le bornage du terrain, l’installation des plaques indiquant le désormais propriétaire du site, l’obtention de la déclaration d’utilité publique, la mise en place de la commission d’évaluation des biens impactés par le projet aux fins d’indemnisation des propriétaires et la signature d’un bail emphytéotique avec l’État du Cameroun.

« La loi nous donne 2 ans pour construire toutes les infrastructures liées au projet et au plus 5 ans pour lancer l’exploitation commerciale. Mais, nous, nous ambitionnons de lancer l’exploitation commerciale dans 3 ans au plus », indique notre source. Celle-ci précise qu’étant donné que le minerai sera extrait à ciel ouvert, les plus grosses infrastructures à mettre en place sont l’usine d’enrichissement et un quai ou un terminal minéralier au port en eau profonde de Kribi, situé à 20 km du site d’exploitation.

Pour rappel, selon la convention minière, qui définit les droits et les obligations des parties sur ce projet, la mise en exploitation du gisement de fer de Lobé à Kribi Kribi, doté d’un potentiel de 632 millions de tonnes de fer d’une teneur moyenne de 33%, devrait procurer à l’État du Cameroun des revenus annuels de 22,9 milliards de FCFA, dont 4,9 milliards de FCFA destinés aux communautés locales.

L’enveloppe ainsi projetée, qui ne tient pas compte « des impôts de droit commun et des dividendes au titre des 10% des parts gratuites de l’État » dans la société d’exploitation (disposition du Code minier de 2016), apprend-on, est principalement constituée des revenus issus de la taxe ad valorem (14 milliards de FCFA, dont 3,5 milliards de FCFA pour les communautés locales).

Un espoir pour l’industrie sidérurgie-métallurgie locale

L’on y retrouve également 4,7 milliards de FCFA annuels au titre de la taxe à l’exportation, 2,8 milliards de FCFA au titre des 1% de la production revenant à l’État dans le cadre du contrat de partage de production, ou encore 1,4 milliard de FCFA pour renflouer le compte spécial de développement des capacités locales destiné aux communautés, institué par le Code minier de 2016.

Afin de pouvoir procurer de tels revenus à l’État du Cameroun, grâce à ce gisement de fer exploitable sur plus de 50 ans, apprend-on, la société Sinosteel Cam SA entend assurer une production annuelle de 10 millions de tonnes de fer d’une teneur moyenne de 33%. L’enrichissement du minerai devrait également permettre de produire chaque année 4 millions de tonnes de fer d’une teneur de plus de 60%, apprend-on. Selon les estimations officielles, le projet minier de Lobé à Kribi devrait générer 600 emplois directs et environ 1 000 emplois indirects.

Face au retard pris dans le projet d’exploitation du gisement de fer de Mbalam (région de l’Est), écartelé entre le Cameroun et le Congo, ou encore le peu de dynamisme autour du projet d’exploitation du gisement de Nkout (région du Sud) ; l’exploitation effective du gisement de fer de Lobé à Kribi devrait doper l’industrie sidérurgie-métallurgie camerounaise, en pleine expansion depuis quelques années. En effet, malgré d’importants investissements consentis au cours des 10 dernières années, les métallurgistes et sidérurgistes locaux dépendent encore à environ 70% des importations de billettes (déchets de fer fondu sous forme de lingots et servant à la production du fer à béton, NDLR), en raison de la rareté de la ferraille sur le marché local.  

Grâce au projet de Lobé à Kribi, ces opérateurs économiques devraient bénéficier de la disposition du Code minier de 2016, qui impose la transformation locale d’au moins 15% des substances minérales extraites du sous-sol camerounais. En son article 29, la loi portant Code minier au Cameroun dispose également que « l’État garantit la disponibilité de la matière première, soit un minimum de 50% de sa quote‐part, aux structures de transformation locale des substances minérales issues de l’exploitation artisanale et artisanale semi‐mécanisée ».

Brice R. Mbodiam

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