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Yaoundé - 16 juillet 2018 -
Mines

Serge Yanic Nana : « Cette transaction fera parler d’elle dans le monde entier»

Serge Yanic Nana : « Cette transaction fera parler d’elle dans le monde entier»

(Investir au Cameroun) - Serge Yanic Nana, directeur général de BMCE Capital et Lead advisor des conseils du gouvernement camerounais dans les négociations avec Sundance Resources pour la signature de cette convention, présente ce que gagnera le Cameroun dans ce méga-projet de Mbalam.

Agence Ecofin : La première question que l’on se pose après la signature de cette convention minière c’est qu’est-ce que gagne le Cameroun ?

Serge Yanic Nana : Le Cameroun gagne beaucoup dans ce projet. Premièrement, le Cameroun gagne en notoriété. Il démontre au monde entier qu’il peut mettre en place des projets d’envergure et au sein de l’administration et des différents partenaires des équipes d’exécution pour comprendre les problématiques de ce projet. Deuxièmement, le Cameroun va avoir un avantage compétitif au niveau des infrastructures qui environnent le secteur minier. C’est plus de 2,3 milliards de dollars d’infrastructures qui seront construites et qui seront transférés à l’Etat du Cameroun d’ici la fin de la production dans 25 ans. Et entre temps, l’Etat va engranger d’énormes recettes des diverses taxes et royalties.

AE : Alors que l’Etat camerounais sollicitait un chemin de fer qui devrait transporter à la fois le minerai de fer et les passagers, Sundance militait pour un chemin de fer lourd transportant uniquement les minerais. Qu’est ce qui a été décidé ?

SYN : Finalement, le chemin de fer sera dédié aux minerais. Pour compenser le fait qu’on ne peut pas, pour des raisons logistiques, transporter sur la ligne les minerais et passagers, on a décidé du bitumage de la route qui va longer le chemin de fer. Cette route va devenir une route nationale publique qui ira de Kribi jusqu’à l’Est. La route va aussi rejoindre l’axe Sangmelima-Ouesso.

AE : Le ministre en charge des Mines a récemment indiqué que dans le partage des revenus miniers pour ce qui est de la production semi-industrielle, l’Etat prendrait désormais 30%, 10% irait aux populations riveraines et 60% à l’entreprise minière. Est-ce le même schéma de partage des revenus qui a été consigné dans la convention minière ?

SYN : Dans ce cas d’espèce, le Cameroun a 15% d’actions au titre de sa participation dans l’ensemble des sociétés et ce sont des actions acquises de manière gratuite. En plus de cela, le Cameroun reçoit des royalties (2,5% du CA, ndlr).

AE : A combien s’élèvent ces royalties ?

SYN : Il est prévu de verser 4000 milliards de FCFA à l’Etat du Cameroun pendant 25 ans. Et c’est seulement sur la base des hypothèses d’aujourd’hui d’une tonne de fer à 63 dollars, alors qu’on sait que le coût de la tonne de fer est beaucoup plus élevé. En plus, ce sont des hypothèses de base sur 35 millions de tonnes, alors que l’on sait pertinemment que, d’ici 10 à 15 ans, il y aura beaucoup plus de 35 millions de tonnes qui seront transportées. Nous avons mis en place, et c’est une première dans l’exploitation des minerais en Afrique, un mécanisme par lequel l’infrastructure, aujourd’hui et demain, au plan tarifaire, va être adaptée au bénéfice de l’Etat pour qu’il puisse capter les revenus de l’accès des sociétés minières tiers qui utiliseront le chemin de fer pour transporter leurs minerais.

AE : Le Cameroun n’a donc pas été floué dans les négociations, comme le craignait Emmanuel Bonde, le ministre en charge des Mines ?

SYN : Absolument pas. Je peux même vous dire que cette transaction fera parler d’elle dans le monde entier, parce que c’est un benchmark en termes d’équilibre dans les négociations et de ce que gagnent les différentes parties. C’est la première fois qu’un pays africain se trouve dans une position de force en matière de négociation pour la rentabilité d’un projet minier de cette taille.

Propos recueillis par Beaugas-Orain Djoyum

Photo : Yaoundé le 30 août 2012. Le chef de file des conseils du Cameroun, Yannic Nana et le ministre en charge des Mines, Emmanuel Bonde

 

Fer de Mbalam : ce que le Cameroun va y gagner

La convention minière pour l’exploitation du fer de Mbalam a été signée hier, 29 novembre 2012 au palais des Congrès de Yaoundé. L’investissement total que nécessite le projet d’exploitation du fer de Mbalam dans l’arrondissement de Ngoyla (département du Haut-Nyong dans la région de l’Est) est de 4250 milliards de FCFA (8,7 milliards de dollars). Un investissement qui permettra à Cam Iron SA, filiale de l’entreprise australienne Sundance Resources, d’exploiter, sur une superficie de 783 km2, 200 milliards de tonnes de fer, dont 150 milliards de tonnes de minerai riche. Ces données font partie du condensé de la convention minière pour l’exploitation du fer de Mbalam qui a été signée hier, 29 novembre 2012 au palais des Congrès de Yaoundé.

D’après ces données mises à la disposition de la presse par les services du Premier ministre, Cam Iron SA deviendra un holding, actionnaire majoritaire des trois sociétés qui seront bientôt créées. Il s’agit de MineCo, la société minière qui va développer et exploiter le gisement de fer ; RailCo, la société ferroviaire qui va construire et exploiter le chemin de fer qui servira au transport des minerais jusqu’au port de Kribi pendant la durée de la concession ferroviaire (25 ans) et enfin PortCo, la société du terminal minéralier qui va aménager et exploiter le terminal minéralier au port en eau profonde de Kribi pendant la durée de la concession portuaire (25 ans).

Investissement direct

Toutefois, il reste quelques divergences sur le montant total de l’investissement à mener par Cam Iron SA. Alors que les documents distribués aux journalistes présentent un total de 4250 milliards de FCFA (8,7 milliards de dollars), le président du Comité de pilotage du projet de Mbalam, Louis-Paul Motazé, par ailleurs secrétaire général des services du Premier ministre, a déclaré aux médias au sortir de la signature de cette convention minière que : « Pour vous dire la vérité, pour la première phase, c’est 6000 milliards de FCFA qui vont être injectés. Donc, autant que le budget annuel de l’Etat camerounais cette année. En matière d’investissement direct étranger, vous voyez que cela va faire un plus. Car, il n’y a pas beaucoup d’investissements de cette nature qui ont été réalisés au Cameroun. » Louis-Paul Motazé représentait le Premier ministre à cette cérémonie.

D’après les services du Premier ministre, l’exploitation du fer de Mbalam se déroulera en deux phases : la première, d’une durée de dix ans, sera consacrée à l’exploitation du minerai riche sur une cadence de 35 millions de tonnes par an, en raison de 12 millions de tonnes à Mbalam et 23 millions de tonnes à Nabeba. Le coût de réalisation de cette première phase est de 2500 milliards de FCFA (5 milliards de dollars).

La seconde phase, qui va débuter dès la onzième année d’exploitation, consistera à la mise en service d’une usine d’enrichissement pour la valorisation du minerai de fer pauvre et l’exportation du fer enrichi. 20 millions de tonnes par an seront exportées dans cette seconde phase et son coût de réalisation est de 1750 milliards de FCFA (3,7 milliards de dollars).

Cam Iron SA devrait présenter au gouvernement camerounais le plan de financement de ces deux phases avant que le président de la République ne lui délivre le permis d’exploitation minière. Car l’Etat doit s’assurer que son partenaire Cam Iron SA dispose des moyens financiers pour mettre en œuvre ce projet avant de lui accorder toutes les autorisations nécessaires.

Que gagne vraiment le Cameroun ?

Au sujet des royalties que doit gagner l’Etat camerounais, ils seront de 2,5%, comme le prévoit le code minier en termes de redevances sur le total du revenu de la mine. Les documents présentés aux médias par la Primature laissent entendre que « les royalties génèreront environ 6000 milliards de FCFA sur les 25 ans ». Par ailleurs, apprend-on de Serge Yanic Nana, le chef de file des trois conseils du gouvernement, l’Etat camerounais obtient gratuitement 15% des actions de Cam Iron SA. (Le capital de Cam Iron SA est reparti entre Sundance Resources [90%] et HoldCo, un regroupement d’actionnaires locaux [10%]). Il indique d’ailleurs, pour être précis, qu’en termes de royalties, il est prévu que Cam Iron SA verse au minimum 4000 milliards de FCFA à l’Etat du Cameroun pendant les 25 années d’exploitation.

Parmi les mesures incitatives prises, on peut relever qu’en matière de sous-traitance, 30% des marchés seront réservés aux entreprises et Pme nationales et Cam Iron Sa devrait prélever 0,4% de l’ensemble de la masse salariale de toutes les sociétés du projet pour le consacrer à la formation du personnel. Pour tout dommage causé à l’environnement par l’une des trois sociétés, celle-ci devrait payer 25% des pénalités.

En rappel, le Cameroun est conseillé dans ce projet par trois cabinets. Il s’agit de Patton Boggs, cabinet d’avocats américains, pour le conseil juridique ; de SRK Consulting, cabinet sud-africain pour le conseil minier et ferroviaire et de BMCE Capital, cabinet de conseil camerounais, filiale du marocain BMCE Bank, pour le conseil financier. Ce dernier est le chef de file de ces conseils.

D’après le gouvernement camerounais, le projet de Mbalam est le quatrième plus grand projet Greenfield de minerais de fer au monde et le deuxième plus grand d’Afrique, après celui de Simandou en Guinée Conakry.

BOD

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