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Yaoundé - 15 novembre 2018 -
Télécom

Me Akéré Muna : «si nous ne sautons pas dans ce train des TIC, nous serons à côté de la plaque»

Me Akéré Muna : «si nous ne sautons pas dans ce train des TIC, nous serons à côté de la plaque»

(Investir au Cameroun) - Le célèbre avocat manifeste de plus en plus d’intérêt pour les Tic. Il explique les raisons de cette nouvelle passion dans cet extrait d’un entretien dont l’intégralité est publiée dans l’édition du magazine Investir au Cameroun de ce mois de décembre.

 

Pourquoi l’avocat actif dans le domaine de la Gouvernance et de la justice que vous êtes s’intéresse-t-il au secteur des TIC au point d’organiser un forum sur le sujet le 19 novembre dernier à Yaoundé ?

Je pense que les TIC peuvent jouer un rôle en ce qui concerne la gouvernance. J’ai commencé à m’intéresser aux TIC à cause du programme gouvernemental eProcurement implémenté par le ministère des Marchés publics. C’est en réalité quelque chose que je demande depuis. Le système eProcument va apaiser tous les soupçons qui sont apportés sur le système national d’octroi des marchés publics. Vous avez suivi récemment que certains fonctionnaires ont quatre matricules. A mon avis, les TIC peuvent résoudre au moins 60% des problèmes de gouvernance. Y compris la corruption et tout ce qui va avec. Voilà pourquoi le sujet m’intéresse.

Au niveau judiciaire, par exemple, j’envoie parfois un avocat de Yaoundé à Maroua pour relever une décision de justice. Pourtant, aux Etats-Unis, la plupart des décisions de justice sont disponibles en ligne. A partir du Cameroun, je peux m’asseoir à Yaoundé et avoir les décisions de justice aux Etats-Unis en quelques minutes. Dois-je partir de Yaoundé pour aller déposer des écrits à Maroua en matière civile ? Pour que l’on renvoie cela dans deux semaines en plus. Pourtant, je peux facilement envoyer cela en ligne. Les TIC sont là pour rendre la vie facile. Comment est-ce que les TIC peuvent nous aider ? Comment les TIC peuvent devenir un moteur de la croissance ?

Avoir des départements ministériels qui investissent chacun de manière unique et commune dans le secteur des TIC va améliorer la situation actuelle. Je ne suis pas expert en TIC, mais on n’invente rien. A travers ce forum donc, nous souhaitions voir ce que nous pouvons faire dans l’urgence pour valoriser le potentiel camerounais en matière des TIC.

 

A votre avis, comment le gouvernement devrait-il soutenir les jeunes innovateurs du domaine des TIC ?

Chaque fois que les Lionnes ou les Lions indomptables jouent, on entend parler des problèmes de primes. Qu’est ce qui nous empêche de primer l’excellence sans problèmes ? Il faudrait que nous ayons un réel système qui valorise l’excellence des jeunes dans plusieurs domaines de la vie sportive, artistique, etc. C’est cela qui tire les gens vers le haut. Quand on voit ce que les gens font avec les TIC aujourd’hui dans le monde, on se demande pourquoi nous ne soutenons pas véritablement nos innovateurs. Quels sont les programmes informatiques qui nous sont propres, quelles sont nos applications ? Nous avons des rues qui n’ont pas encore des noms. Comment les TIC peuvent nous aider à gérer cela ? On a des Camerounais qui savent le faire, qui peuvent trouver des solutions à cela. Ce sont autant de questions qui doivent intéresser les pouvoirs publics.

 

 

Au terme du forum sur les TIC que vous avez organisé, vous recommandez l’harmonisation des politiques des départements ministériels en matière des TIC. Quel peut être l’impact d’une telle mesure ?

Prenons un exemple ! Dans le processus d’identification des abonnés à la téléphonie mobile, si un Camerounais va s’identifier avec une fausse carte nationale d’identité, comment l’opérateur mobile saura-t-il que c’est une fausse carte ? S’il y avait un terminal qui permettait à MTN ou Orange de frapper votre nom pour vérifier, ce serait plus facile. Qu’est ce qui empêche d’avoir un système où la Carte d’identité nationale délivrée par la police, la carte grise de votre voiture, le titre foncier de votre maison si vous en avez, le permis de conduire, votre matricule comme contribuable, tous délivrés par des départements ministériels différents, soient disponibles sur une seule plateforme. Si quelqu’un va à la mairie prendre un certificat de décès pour récupérer l’argent de votre solde, la base de données signalera que le salaire est en train d’être payé à une personne morte et le paiement ne sera pas fait.

Je reviens d’une activité de l’Ordre des médecins du Cameroun et son président dit qu’il y a des médecins qui ont signé des certificats de genre de mort pour permettre aux familles d’aller toucher des primes d’assurance vie. Il y a des gens qui font des certificats médicaux qui montrent que des gens sont malades quand ils ne le sont pas. Quand vous avez un système où les départements ministériels sont interconnectés, c’est compliqué pour les fraudeurs de s’en sortir et c’est très facile pour ceux qui veulent vivre normalement.

Surtout quand vous avez un gouvernement qui a un ministère en charge de l’Enseignement primaire, un autre en charge des Enseignements secondaires, un autre en charge de l’Enseignement supérieur, etc. Je suis sûr qu’il y a un moyen d’interconnecter ces départements ministériels pour faciliter la vie aux citoyens normaux qui subissent en ce moment une espèce de punition. Je pense que l’informatique et les TIC vont beaucoup nous aider.

 

Les populations devraient-elles avoir peur des TIC avec les données personnelles qui sont aujourd’hui entre les mains des acteurs de l’économie numérique ?

C’est vrai que certaines personnes de ma génération ont peur des TIC. Je me rappelle quand en 1973 je revenais pour des congés au Cameroun. J’avais ramené des Etats-Unis une calculatrice miniaturisée à mon père. Il a pris 10 chiffres qu’il a additionnés et multipliés en calculant manuellement et a fait les mêmes opérations sur la calculette. C’est après qu’il m’a dit : «Mince ! Ta machine ci est vraiment juste !». Voyez-vous, c’est une culture, c’est une période, c’est un réflexe. Je pense simplement qu’il y a un travail d’éducation à faire. Et nous avons la chance que des gens ont confiance quand ils voient les autres qui s’en sortent mieux avec les TIC.

Personnellement, je pense que si nous ne sautons pas dans ce train des TIC, nous serons à côté de la plaque. Il ne faut pas que parce que quelqu’un ne maîtrise pas les TIC, qu’il pense que ce n’est pas important. C’est dangereux de penser comme cela. Il faut que nous ayons une politique claire en matière de TIC et il faut qu’on laisse ceux qui sont experts en la matière s’en occuper. C’est vrai qu’il y aura toujours des véreux dont il faut avoir peur. Il faut simplement prendre des mesures appropriées pour éviter les dégâts de ces véreux.

 

 

Vous avez été dans de nombreux pays au cours de vos différentes fonctions internationales. Quelles sont les meilleures initiatives en matière de TIC qui ont marquées et qui peuvent être dupliquées au Cameroun ?

Je vais prendre l’exemple du Rwanda, en commençant par vous raconter une histoire. Nous étions un samedi et je devais me rendre au Rwanda en urgence lundi pour un rendez-vous important avec le président Kagame. Pendant que je me demandais qui je devais contacter rapidement pour obtenir un visa, on m’a simplement dit : «Allez en ligne et demandez votre visa». J’ai donc fait la demande en ligne et le lundi, arrivé à l’aéroport, j’ai payé 50 dollars et c’était tout. C’est extraordinaire ! En moins de dix minutes, tout était OK. On peut implémenter ce système au Cameroun. On le fait déjà également en Côte d’Ivoire, au Sénégal et tout récemment au Gabon.

L’autre chose qui m’a marqué au Rwanda, c’est la volonté affichée des pouvoirs publics d’aller dans une direction. Cela permet aux populations de comprendre que c’est par là qu’on va. Et quand on prend une décision, on l’applique. Au Cameroun, on a toujours l’impression que lorsqu’on met une politique en place, au début c’est facultatif. Quand les gens voient que c’est facultatif, ils commencent à se plaindre, quand ils se plaignent, on dit qu’il faut suspendre cela pendant un ou deux ans, et puis on abandonne. Vous savez par exemple qu’au Rwanda il n’y a pas de papiers plastiques. Quand vous arrivez à l’aéroport avec un sac plastique, on enlève ce plastique. Vous ne trouverez nulle part au Rwanda des sacs plastiques. Kigali est nickel et propre !

 

En l’état actuel, l’Etat ne devrait-il pas permettre aux autres opérateurs de mobile d’installer la fibre optique ?

Dans l’ère de la concurrence, un joueur ne peut pas être un arbitre. Si c’est Camtel qui construit la fibre optique et la commercialise en même temps aux opérateurs et aux abonnés et qu’il a ses partenaires privilégiés, ce n’est pas faisable. Plus cher est vendu la fibre optique, plus cher est le coût taxé à l’usager. Il faudrait ouvrir le marché ou encore créer comme l’ont suggéré certains experts, une structure qui va gérer les infrastructures. Il faudrait qu’il y ait des arbitres authentiques.

 

 

La politique du gouvernement en matière des TIC est-elle de nature à inciter les investissements dans ce secteur ?

Non. Le grand problème que j’ai c’est que quand je discute avec les investisseurs étrangers. Ils disent toujours qu’ils ne comprennent pas le Cameroun. J’ai eu un client qui voulait démarrer rapidement une société parce qu’il avait une soumission à faire. Nous étions prêts en deux ou trois jours. Les statuts étaient prêts, le notaire a vite fait.  Mais, au moment d’aller retirer le registre du commerce, on nous dit : «Non. C’est une société étrangère, il faut obtenir un agrément». Nous repartons au ministère du Commerce faire la demande et déposer un dossier d’agrément. Nous avons perdu deux à trois semaines.

En même temps, le gouvernement lutte pour être bien placé dans le Doing Business. Cette année, nous avons perdu des places. Je me demande comment on peut vouloir une chose et son contraire. Il y a des pays comme le Sénégal et bien d’autres, où en 24h vous avez votre société. On peut le faire. Une société en fait c’est quoi ? C’est qu’on vous identifie comme faisant un certain type de commerce. Au moment de payer les impôts, on saura qui vous êtes et quelles sont vos activités. On saura qui sont les promoteurs.

 

 

Interview réalisée par Beaugas Orain-Djoyum

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