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Yaoundé - 27 février 2024 -
Travaux publics

Autoroute Yaoundé-Douala (phase 2) : le PPP abandonné pour un gré à gré de 1000 milliards de FCFA avec le Chinois CFHEC

Autoroute Yaoundé-Douala (phase 2) : le PPP abandonné pour un gré à gré de 1000 milliards de FCFA avec le Chinois CFHEC

(Investir au Cameroun) - Le Chinois China First Highway Engineering Corporation (CFHEC) a été choisi pour exécuter la phase 2 du projet de construction de l’autoroute Yaoundé-Douala, qui vise à relier la localité de Bibodi, dans la région du Centre, à la capitale économique, dans la région du Littoral. Le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, et le directeur général de CFHEC, Du Siyon, ont signé un accord-cadre le 12 janvier 2024, qui devrait aboutir à la signature de deux marchés publics (le projet devrait être réalisé en deux lots) et au démarrage des travaux au courant de l’année 2024, comme annoncé par le président de la République, Paul Biya, lors de son message de fin d’année 2023 à la nation.

Selon les services de communication du ministère des Travaux publics (Mintp), le choix de l’entreprise chinoise a été décidé par Etoudi. « Les échanges qui ont été amorcés avec l’entreprise CFHEC sont consécutifs aux hautes instructions du chef de l’État, contenues dans la correspondance N-B63/SG/PR du 30 novembre 2023, relative à la signature d’un contrat avec l’entreprise susmentionnée, pour la construction de la phase 2 de l’autoroute Yaoundé-Douala », informe ce service du Mintp.

Cette décision a mis fin au processus lancé en mars 2020, pour la sélection des entreprises ou groupements d’entreprises devant accompagner le gouvernement dans le financement, la conception, la construction, l’exploitation et la maintenance de l’autoroute Yaoundé-Douala phase 2. En d’autres termes, l’État a renoncé à la réalisation du projet en partenariat public-privé, au profit d’un gré à gré avec la filiale du conglomérat China Communications Construction Company (CCCC), qui a déjà réalisé la première phase de l’autoroute Douala-Yaoundé. À en croire Nde Victor Chi, sous-directeur des études de construction des routes et des autoroutes au ministère des Travaux publics, avec l’approche PPP, « le démarrage des travaux était lointain, voire incertain… ».

Un PPP impossible ?

Il faut dire que des trois entreprises ou groupements d’entreprises présélectionnés après l’appel public à manifestation d’intérêt du 4 mars 2020, seul le Portugais Mota Engil a répondu à l’appel d’offres restreint. Évoquant notamment des incertitudes sur la rentabilité du projet au regard des projections de trafic sur cette section d’autoroute d’un peu plus de 130 km, les groupements français (Sogea-Satom-Vinci/Razel-Fayat) et chinois (Sinohydro-PCRB-SDHS) ont désisté, informe notre source. « Après l’abandon du tracé en étoile, la valeur “marchande” du projet a baissé considérablement, avec comme conséquence première le manque d’enthousiasme des partenaires, à plus forte raison sur une section de l’autoroute… », explique l’ancien ministre des Travaux publics, Patrice Amba Salla (2011-2015), qui avait milité pour le tracé en étoile de l’autoroute (Yaoundé-Yingui, puis Yingui-Douala et Yingui-Bafoussam) lorsqu’il était aux affaires.   

En plus, au cours du dialogue de préqualification, Mota Engil s’est montré peu disposé à prendre le risque sur l’investissement de départ. « Il souhaitait que l’État participe à hauteur de 70 à 75% au financement des travaux, et supporte en plus une partie des coûts d’exploitation par le payement du loyer. Ce qui devrait contraindre l’État à mobiliser des sommes très importantes à brève échéance, comme dans un marché public », indique Nde Victor Chi. En plus, ajoute le polytechnicien, « l’entreprise portugaise voulait d’abord réaliser les études d’avant-projet détaillées, avant de présenter son offre définitive. Ce qui allait retarder le processus de plusieurs mois ».

À en croire nos sources, ce sont notamment ces raisons qui ont poussé l’État à abandonner l’option du PPP (dont la procédure attend toujours d’être régulièrement clôturer) au profit d’un marché public. Sauf qu’en dehors de toutes procédures concurrentielles, réputées permettre d’optimiser les coûts et de choisir le prestataire le plus compétitif pour réaliser un projet, ce marché a été confié au Chinois CFHEC. En plus de présenter l’avantage d’être déjà mobilisée sur le terrain (c’est elle qui a construit la première phase de l’autoroute Yaoundé-Douala et réalise en ce moment les voies de raccordement à cette première section), « cette entreprise s’engage à préfinancer le début des travaux et accompagner l’État dans la recherche des financements », justifie le sous-directeur des études de construction des routes et des autoroutes.

Financement à mobiliser

Pour financer la deuxième phase de l’autoroute Yaoundé-Douala, le Cameroun espère contracter un prêt concessionnel auprès d’Eximbank Chine et un prêt commercial auprès d’une autre banque, dont l’identité n’est pas encore connue. Chacun des financements est destiné à une des sections qui constituent le projet. Sauf que dans le meilleur des cas, la signature de l’accord de prêt avec la banque commerciale est projetée au mois d’août 2024 et avec Eximbank en février 2025, selon un chronogramme réalisé par le ministère des Travaux publics. Pour s’assurer du lancement des travaux en 2024, comme annoncé par le président de la République, CFHEC s’est engagé à préfinancer les travaux du premier lot et devrait même les démarrer avant de signer le marché public. D’où l’accord-cadre signé le 12 janvier 2024.

La filiale de CCCC a jusqu’au 30 janvier pour présenter son offre. C’est après son examen et la signature du marché public qu’on aura plus de visibilité sur le tracé, le coût et les délais d’exécution de cette seconde phase. Mais, lors de la réunion de concertation tenue le 8 janvier 2024 entre le Mintp et CFHEC, il est ressorti que la phase 2 devrait partir de Bibodi, localité du département du Nyong-et-Kellé où s’est arrêtée la phase 1, pour la voie de contournement de Douala dans le département du Wouri, en passant par la ville d’Edéa dans la Sanaga-Maritime. Elle devrait être réalisée en deux lots, avec pour objectif que chaque section soit fonctionnelle. Et selon l’étude d’avant-projet sommaire, le coût de cette seconde phase est estimé à près de 900 milliards de FCFA hors taxe (HT). En ajoutant les taxes, on devrait dépasser les 1000 milliards de FCFA.

Après quatre avenants, la réalisation de la première phase (60 km), débutée en octobre 2014, aura duré plus de 8 ans et coûté finalement près de 350 milliards de FCFA (HT), pour un marché initial de 284 milliards de FCFA HT. Mais, au ministère des Travaux publics, on dit avoir tiré les leçons de cette première expérience en matière de construction d’autoroute dans le pays. « Nous sommes désormais en capacité de mieux maitriser les coûts et les délais, surtout que le processus de sélection d’un partenaire privé pour la réalisation du projet en PPP nous a permis de sonder le marché », assure Nde Victor Chi.   

Aboudi Ottou

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