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Yaoundé - 24 septembre 2022 -
Travaux publics

Pénétrante Est de Douala : Mag Sarl remplace Razel, en conflit avec Magil pour des impayés de 17 milliards de FCFA

Pénétrante Est de Douala : Mag Sarl remplace Razel, en conflit avec Magil pour des impayés de 17 milliards de FCFA

(Investir au Cameroun) - Le 19 août 2022, la société Mag Sarl a signé le contrat d’exécution des travaux de construction de la pénétrante Est de Douala, une autoroute de 9 km censée fluidifier la circulation à l’entrée de la capitale économique du Cameroun, a révélé le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, dans une interview publiée par Cameroon Tribune le 21 septembre 2022. Cette signature officialise la rupture entre Magil, maitre d’ouvrage délégué du projet, et Razel, sous-traitant d’exécution du groupe canadien depuis son arrivée au Cameroun.

Pour justifier la mise à l’écart de l’entreprise française, Magil indique que la filiale camerounaise de Razel-Bec ne remplit pas les critères (sans plus de précisions) des financiers du projet. Il s’agit de la banque britannique Standard Chartered Bank et de son garant UK Export Finance (UKEF), avec qui le Cameroun a signé un accord de prêt de 90 milliards de FCFA pour le financement de la première phase de ce projet. Il reste à mobiliser les 59 milliards de FCFA destinés à la construction du pont sur la Dibamba, deuxième partie du projet.

Un conflit sur une créance de 17 milliards de FCFA

Mais, au ministère des Travaux publics, des sources proches du dossier soutiennent que la rupture entre Magil et Razel est consécutive au conflit qui oppose les deux entreprises, depuis le début de l’année 2022. En effet, dans plusieurs documents, dont Investir au Cameroun a pu obtenir copie, Razel affirme que Magil lui doit un peu plus de 17 milliards de FCFA, pour des travaux réalisés à sa demande dans plusieurs projets : 4,75 milliards de FCFA pour la réhabilitation du stade omnisport de Bepanda à Douala ; 10,35 milliards de FCFA pour le chantier d’achèvement du complexe sportif d’Olembe à Yaoundé, et 1,94 milliard de FCFA pour la construction de la pénétrante Est de Douala.

Pour recouvrer cette créance, l’entreprise française, qui estime que Magil « multiplie des subterfuges pour ne pas respecter ses engagements contractuels », a en vain tenté, dès le 26 janvier 2022, de saisir, avec l’aide du cabinet d'avocats D. Moukouri and Partners, les comptes du groupe canadien dans neuf banques du pays. Son directeur, Frank Casteleyn, a ensuite écrit au secrétaire général de la présidence de République, Ferdinand Ngoh Ngoh. Dans ce courrier qui date du 7 février 2022, la filiale locale de Razel-Bec dénonce « une mauvaise volonté évidente » du Canadien à respecter ses engagements. Le patron de Razel au Cameroun a, par ailleurs, demandé à Ferdinand Ngoh Ngoh de « peser de tout son poids pour faire prévaloir une solution pacifique à ce différend ». D’autant que, soutient Frank Casteleyn, « la situation est insoutenable et menace gravement la stabilité de l’entreprise ».

Depuis lors, le problème n’a pas été résolu. Il faut dire que les factures de Razel sont constées par Magil. De sources internes à la firme canadienne, ces factures font en ce moment l’objet de vérifications de la part des différents maitres d’ouvrages. Pour ce qui est de la pénétrante Est de Douala, une réunion s’est tenue le 26 août dernier dans le cabinet du ministre Emmanuel Nganou Djoumessi. Elle avait pour but d’examiner « la réclamation de l’entreprise Razel-Bec sur les installations de chantier ». L’une des résolutions de cette concertation demande à Razel de « fournir les pièces justificatives du paiement sollicité, relatif au financement des installations de chantier pour la période de décembre 2019 à octobre 2020 ».

Incertitudes

Cette situation perturbe la reprise des terrassements que le ministre Nganou Djoumessi annonce « à la fin des pluies… ». Un document interne au ministère des Travaux publics affirme, en effet, que la réception des travaux réalisés par Razel entre aout 2019 et février 2020 (terrassements dans le sens 1 du projet et construction des 9 dalots) en est un préalable. « Tout le désordre que Magil est en train de faire en voulant introduire une autre entreprise, nous mettrait très en difficulté par rapport à la continuation de ce projet », avait prévenu, lors d’une réunion tenue 21 mars 2022, l’ingénieur du marché, Rémy Claude Ako'o, qui est par ailleurs le délégué régional des Travaux publics pour le Littoral.

À cette difficulté, il faut ajouter les problèmes fiscaux. On peine toujours à définir un mécanisme de prise en charge par l’État de la TVA et des frais de douane, Magil étant exempt du paiement de tous les impôts, taxes et autres prélèvements. Ce problème bloque actuellement l’importation du matériel devant servir à la construction de la route. Ce qui incite à penser que les travaux d’élargissement de la chaussée à exécuter par Mag Sarl pourraient ne pas s’achever en janvier 2024, comme le prévoit le nouveau calendrier d’exécution du projet.

Débutée depuis plus de trois ans, l’infrastructure était censée être prête pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de football, organisé en début d’années, mais le taux de réalisation actuel est de moins de 10%. Faute de financement, le chantier s’est arrêté en fin février 2020. Malgré la disponibilité des financements et des paiements d’au moins 34 milliards de FCFA reçus par Magil depuis janvier 2022, la relance des travaux reste poussive. À croire Emmanuel Nganou Djoumessi, on en est encore aux études d’exécution.

Aboudi Ottou

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