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Yaoundé - 14 décembre 2019 -
Travaux publics

Les administrateurs du Matgénie, entreprise publique du BTP au Cameroun, accusent le PCA de paralyser la société

Les administrateurs du Matgénie, entreprise publique du BTP au Cameroun, accusent le PCA de paralyser la société

(Investir au Cameroun) - Un Conseil d’administration du Parc national du matériel de génie civil (Matgénie), entreprise publique du BTP au Cameroun, s’est tenu le 26 novembre 2019 à Yaoundé, la capitale du pays. Cette session, qui s’est déroulée en présence de 10 administrateurs sur 12, a connu l’absence du président du Conseil d’administration (PCA), Jean Roland Daniel Ebo, et du représentant de la présidence de la République, apprend-on de sources autorisées.

Les raisons de ces absences, qui sont révélatrices du climat délétère qui prévaut entre le PCA et le directeur général du Matgénie, d’une part, et entre le PCA et les autres administrateurs (excepté le représentant de la présidence réputé proche du PCA), d’autre part, sont contenues dans une correspondance adressée par les administrateurs de cette société d’État, au ministre des Travaux publics, le 18 novembre 2019.

« La réunion que vous avez présidée le 13 novembre 2019 avec les administrateurs et la direction générale du Matgénie a fini de nous convaincre que la volonté du président du Conseil d’administration de faire obstacle au bon fonctionnement de l’entreprise ne prendra pas fin », écrivent les administrateurs au ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi.

Et ces derniers de poursuivre : « en attendant qu’une solution plus pérenne soit trouvée, nous avons convenu de convoquer le Conseil d’administration le 26 novembre 2019, pour débattre essentiellement de deux sujets, à savoir l’organigramme et les ressources humaines, ainsi que la révision de la commission de passation des marchés ».

Les manœuvres du PCA

Pour étayer cette décision de convoquer eux-mêmes un Conseil d’administration du Matgénie le 26 novembre 2019, acte qui matérialise une scission entre le PCA et les administrateurs de cette entreprise publique, les membres du Conseil égrènent un long chapelet de blocages perpétrés par le PCA, avant, pendant et en dehors des sessions du Conseil d’administration.

Avant les sessions, apprend-on, « la convocation du Conseil, de même que l’ordre du jour, dépendent exclusivement du bon vouloir du PCA : les demandes pressantes et répétées de la direction générale et l’avis des autres administrateurs sont sans effet ; le choix des administrateurs invités à siéger dépend, lui aussi, de la volonté du PCA, à telle enseigne que l’on se retrouve en session de Conseil avec des administrateurs qui ont déjà été remplacés par leur administration d’origine ».

Par ailleurs, poursuivent les administrateurs, le PCA oppose une fin de non-recevoir à la « demande d’une session sur les ressources humaines faite par la direction générale, en exécution d’une de vos (ministre des Travaux publics) instructions, données dans le cadre de très hautes directives du président de la République ».

Pendant la tenue des sessions du Conseil, la situation frise carrément le théâtre. « Les sessions du Conseil sont interminables et presque stériles, parce que le PCA voudrait imposer son point de vue sur tout sujet discuté et, lorsqu’il n’obtient pas satisfaction, il passe au point suivant sans avoir conclu le point discuté. Il n’est pas rare qu’il quitte la salle brusquement, mettant fin à une session sans en épuiser l’ordre du jour, tout simplement parce qu’il a été mis en minorité sur un point donné de l’ordre du jour », révèlent les membres du Conseil dans la correspondance adressée au ministre des Travaux publics.

Onze mois de salaires impayés à l’agence de Garoua

Selon ces derniers, « pour les quelques résolutions prises par le Conseil et les procès-verbaux de sessions, le PCA refuse de les signer en salle de conseil, les ramène chez lui, signe ceux des documents qui lui conviennent et conserve les autres, sans aucune explication aux administrateurs ».

En dehors des sessions du Conseil, apprend-on, les manœuvres concourant au blocage du fonctionnement du Matgénie se poursuivent avec des attitudes telles que « le refus de concertation avec les administrateurs pour détendre l’atmosphère entre le PCA et le directeur général et dynamiser la direction générale et le Conseil d’administration ; la propension du PCA à s’immiscer, sans consultation du Conseil, dans la gestion quotidienne de l’entreprise, au point de signer une décision rapportant une décision du directeur général, ou encore de vouloir imposer au directeur général un collaborateur en la personne de l’ex-DAF, actuellement sous mandat de dépôt, qui a posé des actes ayant entraîné la perte de confiance du DG ; la reconduction du contrat du commissaire aux comptes sans consulter le Conseil… »

Pendant ces agissements du PCA, qui, selon ses administrateurs, a écrit 178 lettres à différentes institutions de la République entre juin 2017 et décembre 2018, les employés du Matgénie broient du noir. Dans une lettre adressée au directeur général en ce mois de novembre 2019, les personnels de l’agence du Nord, à Garoua, réclament onze mois de salaires impayés. Selon nos sources, la situation n’est guère reluisante dans les autres agences, y compris la direction générale.

Matgénie, une entreprise maudite ?

 Mastodonte de la location des engins du BTP, qui a laissé filer ses parts de marchés aux opérateurs privés à cause de soucis managériaux, le Matgénie croule sous le poids des difficultés depuis plus de 15 ans. Durant cette période, l’entreprise ne se rappelait au souvenir des Camerounais de la capitale que par les interminables grèves des employés réclamant bruyamment de nombreux mois d’arriérés de salaires.

Limogé en 2005, Jeremiah Andosseh, le directeur général par lequel semble avoir commencé la descente aux enfers du Matgénie, a été condamné à la prison à vie début 2018 par le tribunal criminel spécial (TCS), juridiction d’exception mise en place au Cameroun pour traquer les prévaricateurs de la fortune publique.

Il a été reconnu coupable de détournement d’environ 12 milliards de FCFA. Ces détournements, a-t-on appris, ont été perpétrés au moyen de la surfacturation des prix d’achat des engins, de l’accaparement des fonds publics issus de la location des engins, la vente des engins du Matgénie, etc.

Depuis le 30 octobre 2019, le successeur de Jeremiah Andosseh, en la personne de Niwa Long Othon, est placé sous mandat de détention provisoire avec le DAF, Simon Crépin Zambo. Les deux sont soupçonnés de malversations financières dans l’exécution d’un contrat-plan de plus de 8 milliards de FCFA avec l’État du Cameroun.

Cette nouvelle affaire survient 4 ans seulement après la réforme du Matgénie, que l’État a décidé de transformer en une véritable entreprise publique du BTP, avec droit de postuler pour les contrats relatifs à la construction des infrastructures dans le pays. Mais, depuis la réforme de 2015, qui a conduit à la nomination d’une nouvelle équipe managériale en 2017 (dont le PCA accusé de saborder le fonctionnement de l’entreprise), le Matgénie peine à décoller. Tout ceci, à cause des caprices de certains dirigeants et des difficultés qui bloquent l’implémentation d’un projet gouvernemental visant à doter cette société d’État de près d’un millier d’engins du BTP.

Brice R. Mbodiam

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