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Yaoundé - 15 novembre 2018 -
Investissement

Mirabell Mayack : « le Cameroun offre beaucoup d’opportunités et des projets qui sont à considérer par les investisseurs »

Mirabell Mayack : « le Cameroun offre beaucoup d’opportunités et des projets qui sont à considérer par les investisseurs »

(Investir au Cameroun) - La promotrice de «Le Petit Event» livre sa perception de l’environnement des affaires en Afrique et au Cameroun, pays dans lequel elle s’apprête à ouvrir une filiale de son cabinet londonien.

Investir au Cameroun : En 2015, vous avez lancé à Londres le cabinet « Le Petit Event», très actif dans le domaine des relations publiques, de la communication et du marketing entre l’Afrique et l’Europe. Concrètement, en quoi consiste votre travail ?

Mirabell Mayack : Nous avons actuellement un staff de huit personnes à Le Petit Event. Ce que nous offrons à notre clientèle, ce sont des conseils en matière de communication. Nous les aidons également à déterminer leurs besoins puis à développer une stratégie, mener des études, nouer des partenariats en vue d’atteindre leurs objectifs de croissance.

Nous avons d’excellents collaborateurs et une équipe efficace qui traitent les requêtes et activités en ligne. Je me charge personnellement de la gestion de l’entreprise, des relations publiques et de  sécuriser de nouveaux clients. En gros, il s’agit de gérer la clientèle, les relations. Dans ce cadre, je participe à plusieurs conférences et réunions un peu partout dans le monde.

Je supervise aussi les activités et concepts que nous planifions et développons, aussi bien pour nous, que pour nos clients.

IC : Qu’est-ce qui a motivé le lancement d’une structure pareille ?

MM : Avant, je possédais une propriété commerciale et mon entreprise l’utilisait dans le cadre d’une tout autre activité. Cette propriété était utilisée durant le jour et fermait à 18h. Un jour, j’ai donc décidé, afin d’optimiser les profits générés par cet espace, d’y ouvrir un restaurant nocturne, qui ouvrait après 18h.

Puisque j’avais une certaine expérience dans le domaine de l’évènementiel et aussi parce que je suis de nature extravertie, j’ai utilisé mes compétences et ma passion pour ouvrir ce restaurant. L’expérience s’étant révélée fructueuse, j’ai par la suite décidé d’organiser une soirée que j’ai baptisée “African Night - a taste of Cameroon” (Nuit Africaine - Saveurs du Cameroun, Ndlr). L’évènement a enregistré une très forte participation d’invités britanniques, dont plusieurs autorités telles que le Haut-Commissaire, quelques diplomates, ainsi que plusieurs hommes et femmes d’affaires. La diaspora camerounaise était aussi là pour soutenir nos efforts visant à promouvoir le Cameroun.

Les participants ont été invités à goûter différents mets camerounais, écouter du jazz camerounais et apprécier l’art camerounais. Ils ont été charmés et ont pu faire de belles rencontres et découvrir ce pays sans avoir eu à faire le voyage.

De là, nous avons sécurisé plusieurs ambassades africaines et coopérations commerciales comme clients. Voilà un peu comment nous avons lancé Le Petit Event.

IC : «Le Petit Event» fait du marketing pour l’Afrique en Europe, mais vous semblez beaucoup vous intéresser au Cameroun. Quels liens avez-vous et quels rapports entretenez-vous avec ce pays d’Afrique centrale ?

MM : Je suis née en Allemagne, d’une mère allemande et d’un père camerounais. Mon père était très fier de son pays et y a ramené sa femme et ses enfants. Il nous a toujours appris à être fiers de nos origines africaines, et camerounaises surtout.

A la maison, nous parlions l’un des dialectes locaux et j’ai gardé une bonne image du Cameroun quand je suis partie pour l’Europe et l’Amérique. J’ai toujours été une grande amoureuse du Cameroun et j’ai toujours rêvé d’y attirer des investissements. C’est un rêve devenu réalité. La dualité de mes origines me confère en quelque sorte un statut de pont entre deux cultures distinctes et divers continents. C’est l’un des attributs qui fait notre singularité à Le Petit Event.

IC : Que connaissez-vous et que pensez-vous de l’environnement des affaires au Cameroun, puisque vous êtes censée vendre cette destination aux investisseurs européens ?

MM : C’est une destination qui offre beaucoup d’opportunités et surtout beaucoup de projets qui sont à considérer par les investisseurs. C’est un environnement africain. Ce que les Européens doivent comprendre, c’est qu’il s’agit d’un autre continent avec ses propres valeurs et coutumes à respecter. C’est pour cela qu’il est important d’étudier le marché ou sinon il faut placer sa confiance en des personnes qui comprennent très bien les deux marchés.

Quand on respecte et étudie la culture, c’est un bon endroit. Je n’arrête pas de dire à nos investisseurs européens qu’il faut qu’ils boivent moins de café et à la place de plus s’investir au Cameroun.

IC : Quelle image les investisseurs que vous rencontrez ont-ils de l’Afrique, en général, et d’un pays comme le Cameroun, en particulier ?

MM : Alors, nous avons deux types d’investisseurs. Les investisseurs expérimentés et les néo-investisseurs comme nous les nommons.

Les expérimentés connaissant assez bien l’Afrique. Souvent, les investisseurs britanniques connaissent évidemment beaucoup plus les pays comme le Nigeria, le Ghana, le Kenya et d’autres pays anglophones, car il y a en réalité un grand manque de communication entre les Anglais et les pays francophones. Donc, nous introduisons les Britanniques sur les marchés francophones.

En ce qui concerne les néo-investisseurs, malheureusement, très souvent quand ils n’ont pas encore traité avec l’Afrique, leur vision du continent se résume seulement à l’instabilité, les guerres, le chaos et la pauvreté. Mais à travers les soirées promotionnelles que nous organisons en France, en Allemagne, en Suisse et en Grande-Bretagne, nous changeons cette vision. Nous promouvons une belle image de l’Afrique, de sa culture et de sa cuisine. On élargit leur réseau professionnel en collaboration avec diverses chambres de commerce. Ils rencontrent du beau monde et cela permet de changer leur perception du continent. En général, un investisseur potentiel à qui on parle du Cameroun nous parle en premier du foot et de Roger Milla. Donc c’est un bon début.

IC : Votre cabinet vient de réussir une levée de fonds d’un peu plus d’un demi-milliard FCFA (750 000 GBP) pour ouvrir des bureaux à Douala (Cameroun), Abidjan (Côte d’Ivoire) et Kinshasa (RD Congo). Comment s’est déroulé ce fundraising ?

MM : Nous sommes basés dans l’un des plus grands pôles financiers au monde, à savoir Londres. C’est une ville très orientée vers les affaires et très ouverte. Avec le Brexit en vue et la croissance de l’Afrique, nous travaillons constamment sur notre réputation, sur notre réseau, et faisons en sorte que nos plans soient bien connus un peu partout à travers la ville.

Plusieurs de nos clients sont fortunés et en quête de projets intéressants dans lesquels investir. A Londres, il faut faire du réseautage, tout en indiquant clairement le montant que vous souhaitez lever et ce que vous désirez.

Nos investisseurs ont entendu parler de nous et ont apprécié notre concept et notre vision. Ils ont ensuite pris part à l’un des évènements que nous avons organisés pour un Haut Commissariat africain et ont pu remarquer que nous faisions un impact positif. Ils ont apprécié nos compétences de niveau international et aussi notre statut de pont reliant deux environnements d’affaires.

Ces investisseurs gèrent une compagnie détenant un portefeuille d’actifs d’une valeur de plus de cinq milliards de dollars et un chiffre d’affaires annuel de 60 millions €. Ils nous ont fourni des capitaux sur fonds propres, ce qui était la meilleure option. Nous espérons apprendre beaucoup à leurs côtés.

Il existe divers moyens de lever des fonds et la Grande-Bretagne est l’endroit idéal pour le faire.

IC : Qu’est-ce qui a motivé le choix de ces trois capitales africaines, dont deux se trouvent en Afrique centrale, alors qu’on pouvait s’attendre à voir également une ville d’Afrique australe, par exemple ?

MM : Notre cabinet se concentre sur les marchés émergents d’Afrique francophone. Nous profitons de notre maîtrise de ces marchés et aussi de notre statut de pont entre l’Europe et l’Afrique. En Afrique centrale, le Cameroun et le Congo sont des points stratégiques et en Afrique de l’Ouest, notre porte d’entrée se situera en Côte d’Ivoire.

En ce qui concerne les relations publiques et l’image renvoyée par ces pays, ces derniers sont en voie de développement et offrent par conséquent un énorme potentiel pour une compagnie comme la nôtre.

IC : Cette levée de fonds a été réalisée dans le cadre d’un projet que vous avez baptisé « Ramener les compétences en Afrique ». En quoi consiste-t-il ?

MM : Cette levée de fonds visait à élargir notre empreinte en Afrique. Toutefois, étant donné que je fais partie de la diaspora africaine en Europe, j’ai voulu dire au monde que des pays comme le Cameroun ont besoin de nos compétences et que nous voulions les y transférer. Je suis une femme et si je peux retourner m’imposer dans un environnement dominé par des hommes, d’autres pourront suivre mon exemple.

IC : Quel discours leur avez-vous tenu pour les convaincre de mettre ces financements à votre disposition ?

MM : Nous avons lancé notre entreprise, il y a trois ans, et depuis avons progressivement grandi et augmenté notre chiffre d’affaires. Nous avons fait un impact aussi bien avec des entreprises que des institutions. L’autre chose c’est que l’intérêt pour l’Afrique est grandissant et les compagnies comme les nôtres sont de plus en plus recherchées. Ainsi, l’intérêt des investisseurs pour notre entreprise n’a cessé de croître et nous avons développé une envie mutuelle de collaborer.

Faire notre promotion en Allemand (Guetesiegel) a également fortement et positivement contribué à notre développement. Ceci, combiné à nos accomplissements et notre réseau, nous a aidé à relayer notre vision aux investisseurs qui ont également aimé ma passion en tant qu’entrepreneur. Contrairement aux banques, les investisseurs supportent non seulement l’entreprise portée par une personne, mais cette personne elle-même. Avoir des compétences internationales et connaître les deux marchés ont grandement aidé et je crois que de plus en plus d’investisseurs recherchent cela.

IC : Maintenant que ces financements ont été mobilisés avec succès, quels sont vos projets sur le court, le moyen et le long terme au Cameroun, par exemple ?

MM : Au Cameroun, notre plan se base sur deux axes. En premier lieu, nous allons nous concentrer sur nos ressources humaines, sur leur formation en leur inculquant la culture professionnelle britannique. Après avoir rénové nos bureaux pour en faire un espace moderne, créant un style Afro-British (avec un espace de repos, une cuisine moderne, un espace pour des échanges, un espace tech), terminé la formation du staff  et mis en place une bonne routine professionnelle, nous allons organiser un grand déjeuner qui servira de vitrine pour démontrer qu’il est possible de rapatrier des compétences dans son pays, en restant moderne.

A moyen terme, notre objectif consiste à rendre notre bureau de Douala commercialement viable. Sur le long terme, nous voulons que notre équipe puisse former des locaux et leur transférer leurs compétences. En outre, nous désirons développer plus d’initiatives sociales et offrir plus d’avantages à nos employés, comme par exemple une cantine interne détenue et dirigée par l’un de nos ex-employés, une crèche interne pour les parents, ou encore un fournisseur de services financiers à l’interne.

Entretien avec Brice R. Mbodiam, pour le magazine Investir au Cameroun

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