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Yaoundé - 19 avril 2024 -
Energie

Délestages : l’Etat met en garde l’électricien Eneo, tenu pour responsable d’éventuels troubles sociaux au Cameroun

Délestages : l’Etat met en garde l’électricien Eneo, tenu pour responsable d’éventuels troubles sociaux au Cameroun

(Investir au Cameroun) - Au Cameroun, le gouvernement redoute que les interruptions récurrentes de la distribution de l’énergie électrique, à l’origine d’importants désagréments dans les ménages et les entreprises, ne conduisent à des troubles sociaux. C’est ce que révèle une correspondance du ministre de l’Eau et de l’Energie adressée le 9 février 2024 au directeur général d’Eneo, le distributeur exclusif de l’énergie électrique au Cameroun. « (…) Il est important de vous rappeler que ces délestages répétés pourraient donner lieu à des troubles sociaux, et pour lesquels votre responsabilité sera engagée », prévient Gaston Eloundou Essomba.

Pour éviter une grogne populaire à la suite des délestages observés depuis deux mois dans le réseau interconnecté Sud (qui couvre six régions sur les 10 que compte le pays, NDLR), en raison d’un déséquilibre entre l’offre et la demande d’électricité qui atteint souvent 185 MW en cette période d’étiage, selon le ministre, Eneo est sommé de mettre à contribution toutes les centrales thermiques. En attendant l’injection dans le réseau des 60 premiers MW du barrage de Nachtigal (420 MW) dès le 24 février 2024. Gaston Eloundou Essomba prescrit également à la filiale du fonds d’investissement britannique Actis de faire tourner toutes les centrales hydroélectriques de façon optimale. Et de mettre à contribution les entreprises réputées énergivores qui, comme d’habitude, pourraient être amenées à s’effacer du réseau à certains moments de la journée au profit des ménages, avec pour corollaire la baisse de leur production et les conséquences y afférentes.

Pour l’heure, le distributeur exclusif de l’électricité au Cameroun n’a pas encore officiellement réagi à cette mise en garde suivie d’instructions du gouvernement. Cependant, s’il est probable qu’à la demande du gouvernement certaines entreprises baissent effectivement leurs niveaux de consommation pour permettre l’alimentation des ménages, comme on l’a souvent vu les années antérieures, il devrait être difficile pour la compagnie d’électricité de mettre à contribution les centrales thermiques, dont le fonctionnement nécessite d’importants frais de combustibles. Et pour cause, soutient-on chez Eneo, l’entreprise fait face à des tensions de trésorerie permanentes, du fait principalement de l’accumulation de factures impayées par l’Etat et ses démembrements.

Discorde autour de la dette réclamée à l’Etat

A fin septembre 2023, par exemple, Eneo chiffre ses créances dues par le secteur public (État et autres entités publiques) à 234,5 milliards de FCFA, selon un document interne dont Investir au Cameroun a obtenu copie. Cette dette est répartie en trois grandes catégories de débiteurs : l’État central (131,7 milliards de FCFA), les entreprises publiques (55 milliards de FCFA) et les autres entités publiques (47,8 milliards de FCFA).  Cependant, le montant de cette dette est contesté par le gouvernement. Selon les pointages du ministère des Finances, entre 2021 et 2023, des paiements globaux d’un montant total de 299,8 milliards de FCFA ont été faits à la compagnie d’électricité par le Trésor public, pour apurer le montant de la dette validée au 31 décembre 2023.

« Après plusieurs séances de pointages contradictoires des paiements effectués par l’Etat central à Eneo, et des pièces justificatives des dépenses validées, exigibles et payées, une situation consolidée a été arrêtée de commun accord entre les équipes du Minfi (ministère des Finances), d’Eneo et de l’Arsel (Agence de régulation du secteur de l’électricité), et consignée dans un procès-verbal. Il est arrêté à ce titre, un montant global des paiements en faveur d’Eneo de l’ordre de 299,8 milliards de FCFA, contre un montant global facturé de 283,5 milliards de FCFA, laissant apparaître un gap de 16,3 milliards de FCFA en faveur de l’Etat, et qui sera affecté aux paiements des différentes rubriques de dépenses en cours de validation par les structures compétentes », soutient-on au ministère des Finances. Est-ce en raison de cette posture gouvernementale que le ministre Eloundou Essomba somme Eneo de faire tourner les centrales thermiques, malgré les tensions de trésorerie généralement excipées par le distributeur de l’électricité ?

En tout cas, au-delà de la discorde entre Eneo et l’Etat sur le montant de la dette réclamée au secteur public, les délestages actuellement en cours au Cameroun sont la conséquence d’un investissement questionnable : la construction du barrage de Memvé’élé. « Des contraintes de production dans le système électrique, suite à la baisse de l’hydrologie sur le fleuve Ntem, vont occasionner des rationnements du service électrique dans les régions du Centre, du Sud, de l’Est, du Littoral, de l’Ouest, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Electricity Developement Corporation (l’entreprise publique de patrimoine du secteur de l’électricité, NDLR) a annoncé à Eneo la persistance de la baisse de production à Memvé’élé jusqu’en mars », explique le distributeur de l’énergie électrique dans un communiqué publié le 25 janvier 2024.

Le barrage de Memve’élé, une épine… 

Selon les détails fournit par Eneo lors de l’étiage 2022, cet ouvrage devant débiter 211 MW pour le réseau électrique du pays affiche souvent une production de seulement 30 MW, voire de zéro MW à certains moments de la journée en période d’étiage, à cause de la baisse drastique des débits sur le Ntem, fleuve sur lequel cette infrastructure est construite. En effet, de sources autorisées, le barrage de Memvé’élé atteindra difficilement la totalité des 211 MW de capacités installées tout au long de l’année, à cause du faible débit du fleuve Ntem et des variations de l’hydrologie en période d’étiage. 

Pour résoudre le problème, la construction d’un barrage-réservoir est envisagée. « En perspective, et pour atténuer les impacts de la variation de l’hydrologie du fleuve Ntem, le chef de l’État a prescrit l’accélération de la maturation du projet de construction d’un barrage-réservoir sur ce fleuve », a indiqué le ministre de l’Eau et de l’Énergie le 25 mars 2022 à l’Assemblée nationale. Ce qui questionne le choix du gouvernement de construire une centrale hydroélectrique de 211 MW sur le Ntem, cours d’eau donc le débit est de loin plus bas que celui de la Sanaga, qui abrite 75% du potentiel hydroélectrique du pays. 

Investissement d’un montant de près de 450 milliards de FCFA, l’aménagement hydroélectrique de Memvé’élé est cité dans un rapport de la Banque mondiale comme étant l’un de ces projets camerounais, dont les coûts sont deux à six fois supérieurs à ceux de projets similaires, réalisés dans les pays ayant le même niveau de développement que le Cameroun. 

Brice R. Mbodiam

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18-12-2023 - Électricité : Eneo réclame désormais plus de 234 milliards de FCFA à l’État, des tractations toujours en cours

30-01-2024 - Barrage de Nachtigal (420 MW) : les 60 premiers mégawatts finalement annoncés pour le 24 février 2024

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