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Yaoundé - 16 avril 2024 -
Agriculture

Production du manioc : le Cameroun sur le point de céder 400 000 hectares à une entreprise inconnue du public

Production du manioc : le Cameroun sur le point de céder 400 000 hectares à une entreprise inconnue du public

(Investir au Cameroun) - Le préfet du département de la Haute Sanaga, Albert Nanga Dang, devrait présider, ce 2 avril 2024 à Nanga-Eboko, dans la région du Centre du Cameroun, une réunion d’information et de concertation avec des autorités traditionnelles, des responsables administratifs et municipaux des arrondissements de Nanga-Eboko et de Minta. Selon le message porté du préfet, signé le 27 mars 2024, cette rencontre est relative « au projet industriel culture du manioc, dans les arrondissements de Nanga-Eboko et Minta », et aux « dérogations spéciales accordées à la société Lyrebird Capital Company LTD ».

 Dans la foulée de ce message porté, le préfet de la Haute Sanaga a signé un arrêté préfectoral portant désignation des membres du comité ad-hoc, « chargé de l’analyse, de l’examen, de la mise à disposition et de la sécurisation des assiettes foncières sollicitées par la société Lyrebird Capital Company Ltd ». Un document ayant fuité sur les réseaux sociaux, portant la signature du ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières, Henri Eyebe Ayissi, révèle que les « assiettes foncières » concernées par le projet agro-industriel en gestation portent sur une superficie de 400 000 hectares.

« Faisant suite à la requête de Monsieur Nganda Jean Baptiste (photo), président du Conseil d’administration de la Société camerounaise de manioc, de finances et de l’immobilier (Socamfi SA), et représentant de la société Lyrebird Capital Company Limited, et me référant aux conclusions du rapport de la mission d’investigation effectuée sur le site le 22 novembre 2023 par les responsables de la direction des affaires foncières, faisant état du consentement des autorités traditionnelles des localités devant abriter ledit projet, j’ai l’honneur de vous notifier mon accord de principe pour la mise en œuvre, dans le strict respect de la règlementation foncière en vigueur, de la procédure de concession provisoire sollicitée sur une parcelle du domaine national d’une superficie d’environ 400 000 hectares, répartis dans 12 groupements (…) de l’arrondissement de Nanga-Eboko, et sous réserve de leur disponibilité et du caractère paisible de leur occupation », écrit le ministre Eyebe Ayissi.

Entreprise inconnue

La révélation de ce projet n’a pas manqué de susciter une certaine indignation sur les réseaux sociaux, notamment sur la superficie sollicitée. « Chères autorités administratives, municipales et traditionnelles de l’arrondissement de Nanga-Eboko, il n’est pas possible, quelles que soient les motivations qui sont les vôtres, de valider un projet qui tend à céder à une entreprise fictive ou à n’importe quelle d’ailleurs, 400 000 hectares de terre sur les 700 000 que compte l’arrondissement de Nanga-Eboko. Les populations restent très attentives aux conclusions de la réunion convoquée le 2 avril 2024. La paix sociale est l’une des caractéristiques des populations de cette unité administrative », prévient sur Facebook l’universitaire Joël Meyolo, fils du coin.  

Sur le profil de l’entreprise qui sollicite une telle superficie pour la culture du manioc, une recherche sur la toile permet de constater qu’il existe une entreprise dénommée Lyrebird Capital Limited. Selon diverses plateformes consultées, cette entreprise, créée en janvier 2020 à Londres, opère « dans la vente de carburants, minerais, métaux et produits chimiques industriels ». Les mêmes sources, qui situent à janvier 2022 la publication des derniers états financiers de cette entreprise, sont cependant divergentes sur son statut. Elle est tantôt dissoute, tantôt toujours opérationnelle, avec seulement deux dirigeants actifs. Une autre entreprise, portant cette fois-ci la dénomination intégrale de Lyrebird Capital Company Limited (la même que l’entreprise concernée par le projet camerounais), existe à Hong-Kong. Sans qu’on ne puisse cependant établir de lien entre elle et Jean Baptiste Nganda, présenté comme son représentant.

Selon nos recherches, Nganda Jean Baptiste fut délégué régional de la Chambre d’agriculture pour le Centre. En 2012, il a été nommé président départemental de l’Association nationale des producteurs de cacao et de café (ANPCC). Dans une interview réalisée il y a 5 ans par Agri TV, ce dernier est présenté comme le président du conseil d’administration de la Société coopérative de production cacao café de Nanga-Eboko (Socoproca). Il y parle déjà d’un projet de production de manioc à grande échelle, avec des partenaires. Dans cet entretien, M. Nganda annonce que sa coopérative dispose de 25 000 hectares, et que le projet industriel qu’il peaufine permettra de créer 10 000 emplois directs et 3 000 emplois indirects.   

Au demeurant, les premières réactions à la suite de la révélation d’un projet de production de manioc à l’échelle industrielle dans l’arrondissement de Nanga-Eboko, sur une superficie sollicitée de 400 000 hectares, rappellent les contestations nées à l’époque autour des projets des industriels Neo Industry (cacao), dans la région du Sud, et Herakles Farms (palmier à huile), dans la région du Sud-Ouest. Le premier avait vu sa concession provisoire (26 000 hectares) être annulée en 2021, au terme d’un bras de fer de 5 ans entre les populations et l’État. Face à la pression des ONG en charge de la protection de l’environnement et de défense des intérêts des populations riveraines des plantations industrielles, le 2e avait simplement jeté l’éponge, après le démarrage effectif de ses palmeraies dans la région du Sud-Ouest, fruit d’une concession de 20 000 hectares obtenue de l’État du Cameroun. Aujourd’hui ; la superficie en jeu est 20 fois plus importante.

Brice R. Mbodiam

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