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Yaoundé - 23 mai 2018 -
Finance

Jacques-Jonathan Nyemb : « En Afrique, l'avocat d'affaires reste l'interlocuteur stratégique privilégié des chefs d'entreprises"

Jacques-Jonathan Nyemb : « En Afrique, l'avocat d'affaires reste l'interlocuteur stratégique privilégié des chefs d'entreprises"

(Investir au Cameroun) - Jacques Jonathan Nyemb, avocat au Barreau du Cameroun, est diplômé de l'Université Harvard, de la London School of Economics and Political Science et de l'Université Paris II Panthéon-Assas dont il est sorti major de sa promotion. Jacques-Jonathan a débuté sa carrière au sein de cabinets internationaux de premier plan et organisations internationales. De retour au Cameroun en 2016, il exerce désormais en qualité d'Of Counsel au Cabinet Nyemb. 

Investir au Cameroun : Quelles ont été les principales raisons ayant motivé votre retour au Cameroun ?
Jacques-Jonathan Nyemb : Ce choix reflète avant tout une volonté forte de me mettre au service de mon pays et de mon Continent. Aucune prospérité économique ne peut se construire sans un environnement juridique des affaires favorable et je suis convaincu que l'avocat d'affaires peut s'imposer en Afrique comme un "partenaire de choix" de nos gouvernements et entrepreneurs. Toutefois, pour cela, le défi aujourd’hui reste de créer des cabinets d’avocats panafricains servant de véritables incubateurs d’une nouvelle génération de juristes et contribuant à replacer le droit au cœur du développement et de l’innovation en Afrique. Je m’y attèle ​donc avec d’autres au sein du Cabinet Nyemb qui a, selon moi, tous les atouts pour être un des moteurs de cette transformation que nous appelons de tous nos vœux au Cameroun et plus largement sur le continent africain. 

IC : Vous exercez principalement au Cameroun désormais. Quels sont les défis auxquels vous faites face dans l'exercice du métier d'avocat d'affaires ? 
JJN : Dans des économies africaines moins "financiarisées" qu'en Europe ou en Amérique du Nord, l'avocat d'affaires reste sur le c​ontinent le conseil de choix et l'interlocuteur privilégié des chefs d'entreprises. Cela le place ainsi au coeur des stratégies d'entreprises et rend l'exercice du métier encore plus passionnant et humainement enrichissant. Néanmoins, les défis sont nombreux. Attirer des talents dans un environnement où le métier ne fait plus rêver les plus jeunes, relève d'une gageure. Par ailleurs, l'offre de formation universitaire et professionnelle tend à se dégrader. L'accès à l'information juridique (revues spécialisées, etc.) est également limité. Bien plus encore, une véritable pédagogie s'impose vis-à-vis de nos clients locaux et régionaux afin de les convaincre de la valeur ajoutée apportée par un avocat d'affaires dans la structuration et le développement de leurs activités. Nous devons enfin nous saisir urgemment ​de nouveaux domaines d'intervention. Mais, tous ces défis offrent également de nombreuses opportunités pour les avocats d'affaires afin d'apporter des solutions nouvelles et de réinventer la profession d'avocat d'affaires en Afrique.

IC : Comment envisagez-vous l'évolution du droit des affaires à long terme en Afrique ? 
JJN : De ce point de vue, plusieurs dynamiques sont à l'oeuvre. Tout d'abord, nous constaterons une harmonisation croissante des règles applicables avec notamment la démultiplication du champ d'application territorial et matériel du droit OHADA et le renforcement institutionnel de son organisation. Par ailleurs, nous pouvons espérer que le secteur privé prendra conscience de ses responsabilités dans la création d'un environnement des affaires attractif en utilisant la soft law pour promouvoir notamment une meilleure gouvernance des entreprises ou encore une gestion plus équitable de nos ressources naturelles.

Enfin, les prochaines évolutions devront nécessairement replacer l'humain au centre du processus normatif et judiciaire, faisant ainsi la part belle aux modes alternatifs de règlement des différends (médiation, conciliation, arbitrage, etc.) ou encore à tous les domaines du droit qui permettront d'encadrer les pouvoirs de l'Etat (droit public des affaires, etc.) ou d'encadrer les abus de l'Homme (droit de l'environnement, droit de la concurrence, etc.). 

IC : Vous avez participé à la réforme de l'Acte Uniforme OHADA relatif au droit des sociétés commerciales et des groupements d'intérêt économiques (AUSCGIE). Deux ans après, quel diagnostic dressez-vous ? 
JJN : L'AUSCGIE, tel que réformé, offre aux opérateurs économiques de la zone OHADA des perspectives nouvelles et innovantes. La simplification que la réforme a apporté​ à la constitution des sociétés dans la zone, est aujourd'hui largement palpable au Cameroun. Au quotidien, je note effet un accroissement conséquent des demandes de constitution de sociétés.

Toutefois, les Etats restent très timides dans la mise en place des mesures d'accompagnement fiscales ou sociales nécessaires pour rendre effectives certaines innovations apportées par la réforme de l'AUSCGIE​. C'est le cas notamment pour les plans​ d'attribution d'actions gratuites au profit de salariés, désormais prévus par l'AUSCGIE​. De même, l'infrastructure technologique (RCCM informatisé) et humaine (magistrats, etc.) censée​ accompagner la mise en œuvre de ​cette réforme tarde à se mettre ​au diapason, favorisant ainsi la résurgence d'un droit des affaires à deux vitesses​..​. ​plus pour très longtemps j'espère ! ​

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