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Yaoundé - 19 avril 2024 -
Gestion publique

Huile de palme : deux industriels sur 17 captent, à eux seuls, près de 40% des quotas distribués par l’Etat

Huile de palme : deux industriels sur 17 captent, à eux seuls, près de 40% des quotas distribués par l’Etat

(Investir au Cameroun) - Les industries de transformation d’huile de palme SRC Maya et Azur, les deux leaders du marché, ont capté 38,3% des quotas d’huile de palme distribués au mois de novembre 2023 par le Comité ad hoc chargé de la régulation de la filière de l’huile de palme, piloté par le ministère du Commerce. Dans le détail, ces deux opérateurs ont obtenu, en valeur absolue, respectivement 1 607 tonnes et 783 tonnes sur les 6 242 tonnes d’huile de palme importées et produites localement, puis mis à leur disposition par le comité pour la transformation, selon la règle des quotas mise en place par le gouvernement et les opérateurs face à l’insuffisance de cette matière première.

Au mois d’octobre 2023, ces deux industriels avaient déjà fait mieux, en captant 39,6% des quotas attribués, dont 20,66%, soit 968 tonnes pour SRC Maya, et 18,9%, soit 888 tonnes pour Azur, sur une répartition d’un volume total de 4 684 tonnes d’huile de palme. Au cours des deux mois analysés, révèlent les chiffres du Comité ad hoc piloté par le ministère du Commerce, en dehors des ces deux industriels, trois opérateurs de la filière ont capté moins de 10% des quotas attribués, trois autres seulement 5%, et moins de 5% pour tous les autres.

De sources internes à la filière, les quantités de matière première imposée par cette politique des quotas, pratiquée depuis plusieurs années sur la base officielle des capacités de production des opérateurs, devrait continuer de s’amenuiser aux cours des prochains mois, en raison de l’arrivée sur le marché d’au moins quatre nouveaux raffineurs sur le court terme, apprend-on. Les besoins en matière première des quatre unités industrielles annoncées viendront ainsi s’ajouter à ceux des six autres arrivées sur le marché au cours des cinq dernières années, selon un décompte de l’Association des raffineurs des oléagineux du Cameroun (Asroc), et à ceux des anciens comme SRC Maya, Azur, Haac, CGM et Pafic qui, à en croire la même source, ont dû relever leurs capacités de transformation, « au regard de la demande».

Déficit de production

Fort de ce qui précède, le pays s’achemine vers une augmentation encore plus importante des importations, pour lesquelles le gouvernement a autorisé des achats records et à taux de douane réduit, de 200 000 tonnes en 2023, dans un contexte où le discours gouvernemental est plutôt à la promotion de l’import-substitution. D’où les grincements de dents des opérateurs de la filière, face à une production locale d’huile de palme qui tarde à s’améliorer et à suivre le dynamisme observé sur le segment de la transformation, induisant un déficit structurel annuel qui atteint désormais 160 000 tonnes, selon les données officielles.

« Le déficit structurel dont nous parlons souvent est un déficit nominal, qui est différent du déficit réel. Ce déficit nominal est calculé sur la base de 50% des capacités des entreprises de transformation. Sur la base des capacités réelles des transformateurs, le déficit est effectivement beaucoup plus important », aime souvent préciser Emmanuel Koulou Ada, le président du Comité de régulation de la filière des oléagineux. Mais, il n’y a pas que le niveau de la production locale qui courrouce les opérateurs de la filière huile de palme.

Concurrence déloyale

En effet, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer la politique des quotas qui, selon certains acteurs, installe de fait une concurrence déloyale entre les industriels. « La pratique des quotas sur une matière première locale ne devrait pas exister dans une économie libérale. Cela se comprend davantage sur une matière première importée . De facto, entre deux opérateurs, celui qui a un quota plus important, ou alors un quota qui représente souvent le double voire le triple de son concurrent, comme c’est le cas actuellement, peut mieux se développer. Ce qui n’est pas possible pour le concurrent, malgré les investissements, l’innovation et le déploiement commercial qui peut être le sien », analyse une source autorisée au sein de la filière.

Par ailleurs, s’indigne un autre acteur du marché, « dans la mesure où presque toute l’huile produite dans les pressoirs artisanaux (unités produisant une huile de moins bonne qualité et enregistrant des pertes d’extraction d’environ 25%, selon les acteurs de la filière) est achetée par les savonneries, rien n’explique que lors de la distribution des quotas sur la production des plantations industrielles, la répartition se fasse encore à parts égales entre les raffineurs et les savonneries ». Et ce dernier de suggérer, « compte tenu de la qualité de l’huile dont ont besoin les savonneries, il serait plus judicieux, par exemple, d’affecter les cargaisons importées aux savonneries, et de réserver exclusivement aux raffineurs l’huile de palme brute de bonne qualité produite dans les plantations industrielles du pays ».

Brice R. Mbodiam

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