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Yaoundé - 18 avril 2024 -
Gestion publique

Importations : le Cameroun décide d’exonérer 190 000 tonnes de riz indien de droits de douane

Importations : le Cameroun décide d’exonérer 190 000 tonnes de riz indien de droits de douane

(Investir au Cameroun) - Afin de « faciliter » l’importation entre mars et avril 2024 de 190 000 tonnes de riz en provenance de l’Inde, l’État du Cameroun a dû mettre en place une mesure incitative au profit des importateurs bénéficiaires des quotas d’importation sur cette cargaison. Il s’agit notamment de l’exonération du droit de douane de 5%, annonce la cellule de communication du ministère du Commerce. Cette information a été révélée au sortir d’une réunion de concertation organisée le 21 février 2024 à Yaoundé, entre le chef de ce département ministériel, Luc Magloire Mbarga Atangana, et les opérateurs économiques susmentionnés.

Comme c’est déjà le cas avec la taxation du riz à un taux de droit de douane réduit de 5%, au lieu de 20%, l’exonération complète décidée sur cette cargaison de 190 000 de riz indien a non seulement pour but de garantir la disponibilité de ce produit de grande consommation, mais aussi, et surtout de contrôler le prix de cette denrée sur le marché local, par ces temps d’inflation galopante. Selon les données de la direction générale des impôts du ministère des Finances, à travers des dépenses fiscales telles que la réduction ou l’exonération des impôts et taxes, le gouvernement camerounais se prive chaque année de 52 milliards de FCFA, pour s’assurer de l’approvisionnement du marché en riz et de la pratique des prix à la portée de la majorité.

Mais, depuis quelques années, le discours gouvernemental est à la réduction, voire la suppression des dépenses fiscales sur les produits de consommation de masse comme le riz, le poisson ou encore le blé, pour lesquelles les pertes de recettes sont énormes et deviennent insupportables pour le Trésor public (près de 1 000 milliards de FCFA de pertes de recettes entre 2016 et 2022 pour les trois produits). De ce point de vue, la décision du gouvernement d’exonérer du droit de douane à l’importation les 190 000 tonnes de riz indien interroge. D’abord, parce qu’elle aggrave les pertes de recettes de l’État sur un produit qui est déjà sous-taxé (5% de droits de douane au lieu de 20%), dans un contexte dans lequel le gouvernement fait pourtant feu de tout bois pour accroître ses recettes non pétrolières ; ensuite parce que cette exonération est faite sur une cargaison précise et non sur l’ensemble des importations de riz du pays. Ce qui est susceptible de créer les conditions d’une concurrence déloyale sur le marché.

Compétitivité des prix sur le marché

En effet, permettre à certains importateurs de faire venir 190 000 tonnes de riz sur le marché en franchise de douane, rend de fait ce riz indien plus compétitif sur le marché en termes de prix aux consommateurs, que tout autre riz n’ayant pas bénéficié de la même dérogation. Même si l’on peut poser l’hypothèse selon laquelle le riz détaxé sera vendu moins cher que le produit ayant été taxé (au consommateur de faire son choix), il apparaît difficile, voire impossible pour les contrôleurs des prix du ministère du Commerce, d’empêcher qu’une fois sur le marché, le riz détaxé soit vendu au prix du riz taxé, dans l’optique pour les commerçants de toute la chaîne de distribution de se faire plus de marge.

Pour rappel, la cargaison de riz bénéficiaire de cette exonération est le fruit d’une dérogation faite au Cameroun par l’Inde, qui a depuis le 21 juillet 2023 interdit les exportations de ses riz blancs non basmati et brisure. Selon les autorités indiennes, cette interdiction vise à « garantir » un approvisionnement « adéquat » des consommateurs locaux et « atténuer la hausse des prix sur le marché intérieur ». Mais, le 18 octobre 2023, le gouvernement indien a dû exceptionnellement accorder un quota d’importation à sept pays (Cameroun, Guinée, Côte d’Ivoire, Seychelles, Philippines, Népal et Malaisie), pour une cargaison globale de plus d’un million de tonnes, dont 190 000 pour le Cameroun. L’on peut remarquer que tous les pays africains ayant bénéficié de cette dérogation, à l’exception des Seychelles, font partie du top 10 des principaux importateurs du riz indien sur le continent.

Au Cameroun, par exemple, 55,8% (soit 496 700 tonnes) des 841 500 tonnes de riz importées par le pays au cours de l’année 2022 sont venus de l’Inde. Ce pays d’Asie a ainsi pu engranger, grâce aux importateurs camerounais, des recettes d’exportation d’un montant de 147,6 milliards de FCFA. Ces données sont révélées dans le rapport 2022 sur le commerce extérieur du Cameroun, que vient de publier l’Institut national de la statistique (INS).

Brice R. Mbodiam

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