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Yaoundé - 27 février 2024 -
Mines

Gisement de Nkamouna : les tensions entre la SNI et Geovic bloquent la relance du projet en veilleuse depuis 10 ans

Gisement de Nkamouna : les tensions entre la SNI et Geovic bloquent la relance du projet en veilleuse depuis 10 ans

(Investir au Cameroun) - Convoqués pour le 1er décembre 2023, le conseil d’administration et l’assemblée générale de la société Geovic Cameroun (Geocam) n’ont pas eu lieu. Et pour cause, la Société nationale d’investissement (SNI), qui porte les parts des nationaux dans cette entreprise, détentrice depuis 20 ans du permis d’exploitation du gisement de nickel, cobalt et manganèse de Nkamouna, dans l’arrondissement de Lomié, région de l’Est, s’est opposée à la tenue de ces réunions en visioconférence.

« Après 10 ans d’interruption, il me semble important de tenir ces réunions à Yaoundé, au siège social. À cet égard, je vous informe que nous ne savons pas où se trouve la salle de conférence Google, dans quel pays ou planète, alors que les gisements de nickel/cobalt/manganèse, dont il est question dans le projet, se trouvent bien sur terre à Nkamouna, dans la région de l’Est au Cameroun », ironise Ambroise Ondoa Onana, le directeur général adjoint (DGA) de la SNI, dans une lettre adressée le 23 novembre 2023 à Serin Christopher, le président du Conseil d’administration de Geocam, en réponse à une convocation qui lui a été adressée le 13 novembre.

Et le DGA de la SNI de poursuivre : « suivant l’acte uniforme de l’Ohada, “en cas de participation d’administrateur (s) par visioconférence ou par d’autres moyens de télécommunication, le Conseil ne peut valablement délibérer que si au moins un tiers des administrateurs est physiquement présent”. (…) Constatant le retard dans la tenue des assemblées générales ordinaires, celles-ci doivent être obligatoirement autorisées par le président du tribunal de grande instance de Yaoundé, qui aura du mal à fixer leur tenue dans la salle de conférence de Google située nulle part. Après plus de 10 ans d’interruption, les mandats des différents administrateurs sont probablement caducs, y compris celui du président du Conseil. Les réunions proposées doivent donc prendre le temps de régulariser toutes ces situations. Les sujets à aborder sont si vastes qu’ils ne sauraient tous être abordés dans le laps de temps d’une connexion internet essentiellement instable. Monsieur le président, je pense que le projet Geocam est un projet suffisamment sérieux, qui a déjà nécessité un financement de plus de 100 millions de dollars (plus de 60 milliards de FCFA au cours actuel du dollar, NDLR), pour mériter que ses actionnaires lui consacrent un peu plus de temps pour régulariser une situation pour le moins difficile à démêler, comme cela a été fait dans les années 2006 à 2008 ».

« La complexité de la structure de Geovic » 

À la fois le contenu et le ton de la correspondance susmentionnée révèlent la qualité des rapports entre la SNI et la société Geovic, qui a déserté le projet de Nkamouna depuis 2013 (il y a donc 10 ans), après avoir échoué à céder ses actifs au Chinois JXTC. En effet, échaudée par les promesses non tenues par la junior minière américano-canadienne, qui continue d’entretenir l’espoir de l’exploitation du gisement de nickel, cobalt et manganèse de Nkamouna, projet toujours en berne depuis l’attribution du permis d’exploitation en 2003 (le tout premier dans la mine solide au Cameroun, NDLR), la SNI n’est toujours pas rassurée, malgré l’arrivée de Phoenix Mining dans le projet, apprend-on de bonnes sources. En effet, en 2022, Geovic a fini par céder ses actifs sur ce projet à Phoenix Mining, une autre junior-minière détentrice d’une licence dans la mine artisanale au Ghana, au moment de la transaction. 

Sauf qu’après avoir annoncé le rachat des actifs de Geovic sur le projet Nkamouna, Phoenix Mining se présente désormais comme simple « partenaire technique et financier ». C’est d’ailleurs sous ce titre que l’entreprise est présentée par le ministère des Mines dans la fiche de présentation du projet Nkamouna, qui indexe clairement « la complexité de la structure de Geovic », sa « faible capacité financière » ou encore « la cohabitation tumultueuse entre les actionnaires » de cette entreprise (Geovic et la SNI) parmi les difficultés qui bloquent le démarrage de ce projet minier.

« Les deux partenaires, la SNI et Geovic, semblent incapables d’apporter leur quote-part de financements en fonds propres, estimée à 40,2% du coût du projet qui est de 401 milliards de FCFA. Il a été envisagé l’apport de la quote-part de financement en fonds propres de la SNI par l’État camerounais, à travers un emprunt obligataire. Toutefois, laisser peser une telle pression sur le modeste budget du Cameroun par un projet minier, où le risque est élevé par essence, ne semble pas opportun. Le recrutement d’un partenaire stratégique susceptible de permettre la réalisation effective du projet est nécessaire », peut-on lire dans la même fiche de présentation.

Brice R. Mbodiam  

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