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Yaoundé - 20 novembre 2018 -
Portraits

Conrad Tankou, un entrepreneur social tout fait !

Conrad Tankou, un entrepreneur social tout fait !

(Investir au Cameroun) - Ce jeune médecin, fondateur de GIC Space, une startup spécialisée dans l’e-santé, s’est illustré en mettant sur pied le GIC Med, un microscope numérique grâce auquel il diagnostique des cancers chez des patientes en zone rurale.

Agé de 30 ans, le Dr Conrad Tankou est un tout petit peu différent de ses pairs entrepreneurs camerounais. Lui, il ne court pas derrière la notoriété et la célébrité que peuvent lui concéder un passage dans les médias. Non parce qu’il est discret, mais plutôt parce qu’il a un tout autre objectif, celui de faire reculer le cancer du sein et de l’utérus en zone rurale.

Son influence est de plus en plus grandissante tout comme son activité fait écho sur le continent. Selon quelques observateurs de la tech africaine, il est pressenti pour devenir l’un des entrepreneurs de l’e-santé les plus influents de la décennie à venir.

Pour atteindre ses objectifs, Conrad a fait le choix d’allier le pouvoir du numérique à ses connaissances médicales.

C’est à Bamenda dans la région du nord-ouest qu’il a fait ses quartiers. Ici, il a tôt fait de relever la difficulté qu’avaient les populations de sa contrée à accéder à des services de santé spécialisés. Dressant ce constat, il a aussi remarqué les ravages que faisaient le cancer dans cette contrée du fait d’une absence de dépistage et même d’un traitement médical suffisant.

Face à cela il a mis au point un petit microscope numérique et moins cher qui permet d’analyser sur place, les prélèvements de tissu cellulaire afin de repérer très rapidement les débuts de tumeurs cancéreuses.

Ce petit microscope fonctionne avec une batterie, ce qui lui permet d’être utilisé sur tout le territoire, y compris dans les zones les plus reculées où il n’y a ni électricité, ni Internet, ni réseau GSM disponible.

Sa routine de travail consiste à recevoir des patientes et à organiser des campagnes dans les villages alentour pour soigner les personnes les plus vulnérables. Techniquement, le temps d’une campagne qu’il organise, il réalise des dépistages manuels du cancer du sein sur des patientes afin de détecter des kystes ou des nodules qui pourraient être des tumeurs malignes. A ces patientes, il réalise aussi une biopsie à l’aiguille fine, généralement indolore, afin de prélever des cellules ou du liquide dans des kystes et des ganglions lymphatiques. Les prélèvements sont alors placés sur une lamelle, puis analysés par le GIC Med.

Ce dernier est équipé d’une caméra numérique qui retransmet les images en direct sur un smartphone ou une tablette. Les images sont ensuite sauvegardées sur un serveur sécurisé avant d d’être téléchargées et analysées par un oncologue camerounais travaillant dans l’un des hôpitaux partenaires.

Avec cette solution, ses patientes ont accès à un diagnostic rapide et fiable, sans qu’elles aient besoin d’accomplir de coûteux voyages vers une grande ville afin d’y effectuer des examens de contrôle. L’application permet également aux médecins de demander un deuxième avis en partageant les images numérisées à des collègues pour une meilleure expertise.

Le GIC Med ne pèse pas plus de 250 g, il est à 90% imprimé en 3D dans un fab-lab au Kenya. Chaque pièce défectueuse peut être facilement réimprimée et remplacée en quelques jours seulement.

Grâce à son innovation, Conrad Tankou a permis à plus de 1500 femmes camerounaises âgées de 30 à 70 ans et vivant dans des zones rurales de bénéficier d’un dépistage gratuit.

Lauréat du Next Einstein à Kigali dans la catégorie meilleure innovation en santé en mars 2018 dernier, il a poussé un soupir de soulagement avant de révéler que c’est la première fois que ce projet est reconnu. « Beaucoup de gens n’y croyaient pas au début, et jusqu’à présent, certaines personnes doutent encore », a-t-il ajouté.

L’ambition de Conrad Tankou est de démocratiser l’accès à ses services aux femmes oubliées des campagnes, atteintes d’un cancer. A court terme, il souhaite couvrir 50 villages camerounais d’ici la fin de l’année 2018, puis étendre le champ d’application de son microscope numérique à d’autres spécialités, comme l’hématologie ou la parasitologie. A long terme, il espère vulgariser son service dans les pays voisins souffrant des mêmes problèmes de déserts médicaux, puis dans l’ensemble du continent à l’horizon 2025.

Jean Christian Bernard Nselel

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